20 mai 2006

 

 

 

 

L'islamisation de l'Egypte pendant les dernières décennies

Par Adel Guindy (*)

 

Le succès de la confrérie des Frères musulmans, pour gagner un cinquième des sièges parlementaires lors des dernières élections (Sept/Oct. 2005) en Egypte, semble avoir surpris beaucoup de gens. En outre, l'accélération récente du nombre des attaques contre les Coptes dans le pays peut, lui aussi, avoir surpris. 

En fait, ces deux phénomènes devraient être vus comme les conséquences normales des efforts récents, surtout par le gouvernement, à Islamiser le pays. 

La « dose » religieuse excessive, qui a atteint le point de saturation dans les médias officiels, est l’une des éléments qui a aidé et poussé cette Islamisation. Interrogés à ce sujet, les hauts responsables égyptiens donnent comme prétexte que le gouvernement a simplement essayé de ‘tirer le tapis sous les pieds des groupes Islamistes’ (c'est-à-dire, en les surpassant dans la religiosité, ou en leur montrant que c’est la société égyptienne qui porte le drapeau de l’islam et non les islamistes seuls).  Mais nous, nous croyons que le problème, est en réalité plus profond qu’une simple réaction du gouvernement face à la  violence des Islamistes, et que c’est  plutôt un processus délibéré et calculé qui a commencé, et continue toujours, au cours de ces dernières décennies.

 

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Il y a presque 60 ans, le système monarchique d’Egypte, avait alors atteint un stade de grande faiblesse, à cause de sa corruption, au point de tomber, comme un fruit pourri, dans les mains de la confrérie de Frères musulmane. Etablie à peine 20 ans auparavant (en 1928) cette confrérie semblait si forte qu’elle considérait comme normal de prendre le pouvoir dans le pays et d’établir un état islamique sur les ruines du système libéral dis fonctionnel.

C’est alors qu’est arrivé le coup d’état de l'armée, plus tard appelé ‘révolution’.  Bien que  la plupart des officiers libres aient été auparavant des membres de la confrérie, et que les nouveaux maîtres aient eu clairement des relations spéciales avec elle, « gouverner » et ses réalités ont menées rapidement à un conflit d'intérêts.  En conséquence, la confrérie a été interdite en 1954 et ses aspirations ont été gelées.  Mais en réalité celles-ci  étaient loin d’être mortes.

Après les années Nasser, avec les victoires, les pertes, ainsi que les expérimentations avec l’Arabisme et le socialisme, ces aspirations gelées ont été rétablies avec l'arrivée du président Sadate.  Il a commencé sa présidence en ouvrant les portes à la confrérie, et à d'autres groupes islamiques, puis il lança ce que nous pourrions, rétrospectivement, nommer « la grande transformation islamique » de l'Egypte.  La première étape était de stipuler dans le deuxième article de sa nouvelle constitution, promulgué en 1971, (bien avant que Khomeiny ait commencé sa campagne révolutionnaire islamique), que les principes de la Charia islamique seraient ‘une source principale’ de la législation.  En mai 1981, le ‘une’ a été remplacé par ‘la’, et de ce fait, faisant de la Charia la référence de la constitution entière et,  à travers laquelle, toute autre article serait interprété. 

[Au titre de comparaison, l’Article premier de la Constitution française dit : « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. (...) »].

Tel changement constitutionnel a fourni la base légale, aussi bien politique que ‘psychologique’,  pour effectuer la transformation islamique d'une façon inexorable.  Le slogan de Sadate ‘je suis un président musulman dans un état musulman’ était un indicateur remarquable de ce qui était en train de se passer.

 

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La transformation

 

La société a commencé graduellement à être islamisée.  Des exemples montrent la façon dont l'Egypte a été transformée. En voici quelques uns : 

 

1- Non seulement le hijab (foulard islamique) devient une  sorte de costume national pour les femmes égyptiennes, mais également le ‘niqab’ ([i]) devient - au nom de la ‘liberté personnelle’ et de la nécessité de se montrer toujours plus pieux -  de plus en plus répandus. Si Huda Shaarawi et Qasem Amin, les champions visionnaires du mouvement de la libération des femmes au début du vingtième siècle, voyaient maintenant ce qui se passe dans les rues du Caire, ils trouveraient cela tout à fait navrant, désolant.

2- Les mosquées utilisent une cacophonie de haut-parleurs publics (y compris à l'aube) pour l’émission des appels à la prière, faisant du Caire, et d’autres agglomérations,  parmi les villes les plus bruyantes au monde.  En outre, dans la plupart des véhicules de transport et dans les magasins, tout ce qui se rapporte au religieux a remplacé la musique de fond égyptienne d’antan.  Il  est fréquent de voir les rames (wagons) du Métro se transformer en forum de prédication (prosélytisme) par des fanatiques fiévreux. 

3- Les syndicats professionnels, et le corps des avocats, la plupart du temps infiltré et influencé par les Islamistes, ont été transformés en forums islamiques (et violemment anti-Occidental), plutôt que de s'occuper des besoins et des services des adhérents.

4- Si vous devez aller dans un des bureaux administratifs, ne soyez pas étonnés de voir des fonctionnaires passant la plupart de leurs heures de travail (déjà parmi les plus courtes au monde) à exécuter l’ablution rituelle et les prières de l’Islam.

5- La compagnie aérienne nationale, Egyptair, qui déjà depuis des années, a interdit de servir de l'alcool  sur tous les vols, impose à ses voyageurs, à chaque décollage et atterrissage, l’écoute de « l’invocation du voyage », (archaïque, et destiné à l'origine aux voyages désertiques sur les chameaux). Beaucoup de gens trouverait ceci peu rassurant, car elle rappelle à chaque passager que « son destin est désormais dans les mains d'Allah »…

6- Alors que l'alcool n’est toujours pas totalement interdit dans le pays, les autorités locales des gouvernorats (sorte de Préfectures) ont décrété de limiter sa vente qu’aux secteurs ‘touristiques’.  Ceci est fait pour simuler une piété publique, ou simplement pour éviter les attaques des Islamistes dans les bars et les points de ventes.

7- Même les salutations quotidiennes et familières de ‘bonjour’ ou ‘bonsoir’, en utilisant des expressions pour lesquelles les Egyptiens étaient depuis longtemps renommés, ont été remplacées par le standard islamique de « assalam alaykum.» ([ii])

8- Les écoles  des beaux arts, créées il y plus d’un siècle, ont été envahies par des filles portant le hijab et des jeunes hommes barbus, qui sont contre la sculpture et contre le fait de dessiner des modèles, car tout cela est « illicite. »  En effet, le Grand Mufti de l'Egypte a déclaré récemment que les statues sont « illicites. »  Les trésors des pharaons rencontreront-ils un jour le même destin que celui des statuts de Buddha démolis par le Taliban? Quelle idée terrifiante !

9- Les auteurs et symboles de pensées extrémistes sont donnés la main libre pour propager leurs idées par tous les moyens (…tant qu’ils ne critiquent pas le régime !) D'autre part, la société civile est systématiquement obstruée et les défenseurs des tendances progressiste et séculariste ont, jusqu'à très récemment, été extrêmement marginalisés. Les principes même de la pensée critique et du respect de l’autre ne sont pas enseignés dans les écoles.

10- Le nationalisme et patriotisme égyptiens ont reculé, laissant leurs places à un nouveau sens de Panislamisme où un musulman du Pakistan ou de la Bosnie est considéré comme beaucoup plus proche qu'un Concitoyen copte.  Il est par conséquent peu étonnant de lire une entrevue dans un  journal de l'Etat (Roza, 13 avril 2006), du Guide suprême des Frères musulmans, qui énonce sans ambiguïté : « Au diable l'Egypte », « Notre nationalité est l'Islam », « Le règne de l’empire ottoman sur l'Egypte n'était pas une occupation, parce que c'était un Califat musulman »,  et en se montrant pour un panislamisme mondiale, il ajoute : « Nous accepterions même, d’avoir un Malaisien comme président de l’Egypte ».  D’ailleurs, peu de voix se sont soulevées pour rejeter un discours aussi répugnant.

 

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L’établissement religieux

 

Ces exemples que nous venons de citer pour démontrer la transformation islamique de l’Egypte ne seront pas complets sans que nous essayions, en plus, d'examiner la situation de l’établissement religieux dans le pays : 

 

1- Dans les premières années du 20ème  siècle, l’Egypte a eu cinq écoles religieuses (Coranique) hébergeant environ trois mille élèves et étudiants, dont une partie a rejoint finalement la mosquée/université d’Al-Azhar pour devenir des Imams.  Le nombre d’instituts est actuellement de l’ordre de sept mille actuellement, hébergeant un million et demi d’étudiants ([iii]).  Même si nous prenons en compte l’augmentation de la population, celle des étudiants de l’Islam a augmenté presque 100 fois plus, la plupart ayant eu lieu pendant les dernières décennies. 

[Nous attirons l'attention sur le fait que nous ne sommes pas ici pour examiner  les programmes d'études ou le matériel pour enseigner, qui datent, pour la plupart, du moyen  âge.  Nous devons également savoir que, dans le même temps, l'analphabétisme est toujours de près de 50% et que, pour le développement, l’Egypte est classée 105ème parmi les162 pays cités par l’ONU].

2- Actuellement, l’université d'Al-Azhar a inscrit plus de 400.000 étudiants, dans 70 facultés, avec plus de 7000 enseignants.  Devenant l’une des plus grandes universités du monde, elle est ouverte seulement aux « croyants » quoique certaines de ces facultés offrent des études séculaires en technologie, médecine ou commerce, toujours teintées d’enseignements religieux.  Par ailleurs, cette université fournit l'éducation gratuite à environ 20.000 étudiants musulmans provenant de plus de 60 pays.  Un calcul simple montre que, en tout, un million neuf cents mille étudiants sont inscrits dans les diverses étapes de l’éducation religieuse. 

3- L'Egypte se vante d’avoir plus de 120.000 mosquées, et environ 900.000 salles de prières ([iv]).  Dès le milieu de l’année 2005, environ 92.000 mosquées sont gérées (supervisées) par le ‘Ministère des dotations religieuse’ (qui, en réalité, est le Ministère des affaires islamiques).  Un plan projetait d’intégrer 2500 mosquées de plus au cours de l’année 2005/2006, impliquant 10.000 nouveaux imams et prédicateurs.  La fonction du ministère est de bâtir,  d’assurer le service dans les nouvelles mosquées et de couvrir également les coûts de fonctionnement des mosquées construites par les privés, quand ces dernières sont alors gérées par le Ministère. Ces vastes dépenses sont couvertes en partie par des dotations, mais la plus grande partie par le budget général de l’état (autrement dit, aux frais des contribuables).  Le budget de l’année dernière était, seul pour les bâtiments et les fournitures des mosquées, de 320 millions de livres égyptiennes.  À ceci, on doit ajouter les coûts d'entretien et les salaires de plus de 400.000 employés.  Montrant où se trouvent les priorités du gouvernement, une telle dépense empêche le budget national de s’occuper des questions essentielles liées  à l'éducation, à la santé, à l’environnement, etc.

[N’oublions pas ici que le message principal prêché dans les mosquées est la supériorité totale de l’Islam vis-à-vis de toute autre religion, s’il n’est pas carrément de la haine contre tout non musulman…]

4- Un autre calcul simple prouverait alors que le nombre de musulmans égyptiens qui consacrent leur vie à la religion, comme des étudiants, des enseignants, des prédicateurs ou ceux qui s'occupent d'autres activités liées est bien supérieur à  deux millions et demi d’individus.  Il y a alors, en incluant les familles des employés, environ 8 à 10% des musulmans de l'Egypte dont les vies tournent autour de la religion.  Il est à  noter que ceux-ci ne savent presque rien dehors l'Islam et ne connaissent personne d’autre, hormis  des musulmans.

5- Il est difficile d'estimer exactement le volume de la dépense nationale pour les affaires religieuses, incluant en plus les activités mentionnées ci-dessus, celles liées au hajj (pèlerinage) et aux missions religieuses à l’étranger (prosélytisme).  Cependant il est tout à fait sûr de dire que de telles dépenses excédent l’aide financière étrangère que l'Egypte reçoit des Etats Unis, de l'UE et d'autres généreux donateurs.

6- Le président de l'Egypte tient à distribuer en personne des prix aux étudiants et aux savants, non seulement d'Egypte mais également du monde entier, lors des célébrations internationales annuelles pour les études du Coran (réciter et mémoriser par coeur) et aux célébrations de l'anniversaire de Mohamed.  (Le président, se prend-il pour un Calife?!!)  Un nouveau prix international, dans le domaine des études islamiques, a été établi l'année dernière portant le nom de M. Moubarak.  Plus époustouflant est le prix attribué tous les ans au gouvernorat en Egypte qui « excelle dans les efforts à multiplier les centres d’apprentissage du Coran dans chaque village et hameau. »  Ceci se produit à un moment où il n'y a aucun effort concurrentiel, s’adressant, par exemple, à des secteurs tels que l'analphabétisme, l'environnement, la réduction d'accidents de la route, la propreté, d’attirer plus d'investissements ou pour réduire le chômage! 

7- Le département spécial de la fatwa (opinion religieuse) en Egypte publie près d'un million de fatwas par an.  Cela est bien triste car il indiquerait que plutôt que de faire confiance à leur propre intelligence et conscience, les Egyptiens moyens comptent fortement sur quelqu’un d’autre pour régler leurs vies quotidiennes, avec le risque considérable d’être facilement manoeuvrables ou manipulables par des extrémistes qui prétextent la religion.

8- En mars 2005, l’Egypte et l’Arabie Saoudite ont signé un accord sur « la coopération dans le domaine du da’wa (prédication, prosélytisme), de la préparation et de la qualification des imams, pour informer les autres de la tolérance de l'Islam et de sa position envers des issues modernes (..).» Cependant, en gardant dans l'esprit la « réputation spéciale » de l’Islam Wahabite, quand il s’agit de « tolérance » et « des issues modernes » ; on devrait redouter et s’alarmer sur ce qui arrive à l’établissement religieux en Egypte actuellement.

 

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Les médias

 

Nous aurions besoin de plusieurs tomes pour documenter le rôle drastique joué pendant les dernières décennies par les médias, propriété de l'Etat, qui normalement reflètent les directives du gouvernement, dans le processus de la transformation islamique.  Mais un exemple récent en dit assez: un invité ([v]) d’un des programmes religieux réguliers de la chaîne télévisé principal du Caire, le 9 décembre 2005, a saisi l'occasion de déverser sa colère sur « les sécularistes » (sorte de laïques) en Egypte.  Il a souligné que la doctrine qui dit que « l'Islam est à la fois une religion et un état » est un des principes fondamentaux sans lesquels la foi ne peut pas être confirmée.  Il a continué en expliquant que les objectifs de la législation dans l’état musulman doivent être limité à définir ce qui est « licite » et « illicite »  (dans le cadre stipulé par la Charia).

Si de telles idées reflètent bien celles du gouvernement, et venant à peine quelques semaines après le succès de la confrérie des Frères musulmans dans les élections parlementaires, ceci indiquerait qu’il peut y avoir, essentiellement, peu de différence idéologique entre le gouvernement et la confrérie,  l’issue principale étant qui tient les rênes et en combien de temps l'idéologie théocratique sera mise en application.

 

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Des conséquences

 

Sans vouloir minimiser les risques catastrophiques liées à une mise en place possible d'un régime purement Islamiste en Egypte, on peut dire, que « la grande transformation islamique », mise en application par le gouvernement pendant ces dernières décennies, a préparé le terrain pour que la confrérie des Frères musulmans atteigne le pouvoir dans des conditions parfaitement normales, même d’une façon « démocratique. » 

Comme chacun sait, les drogués de l’illusion  cherchent habituellement les doses toujours croissantes pour rassasier leurs désirs.  L'individu égyptien, qui avait été conditionné par la transformation islamique comme nous avons expliqué, pourrait, naturellement, se tourner vers ceux qui semblent susceptibles d’offrir plus, particulièrement si ces derniers font le « marketing » de leurs drogues d’illusion sous la bannière (ou plutôt sous la marque) de « l’Islam est la solution », qui s’avère justement d’être le slogan des Frères musulmans. 

En effet, si la confrérie islamiste n’a gagné qu’un cinquième des sièges de l'Assemblée, on ne doit pas oublier qu'elle n’avait des candidats que dans un tiers des circonscriptions totales.  En d'autres termes, la confrérie est bien placée pour balayer les élections, même  les plus ouvertes, justes et libres.  D’ailleurs, la victoire électorale récente du Hamas en Palestine peut être prémonitoire.

 

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La situation des Coptes

 

En effet,  le grand perdant, les vraies victimes de cette transformation drastique avec son potentiel encore plus désastreux, sont assurément les Coptes. Ce processus a eu des conséquences désastreuses jusqu’au point que beaucoup des simple musulmans le considère comme un « devoir religieux » to haire les non musulmans.

« Je ne supporte plus les insultes et des crache sur mon visage parce que je ne suis pas voilée. Je suis devenue étrangère dans mon propre pays.» Fin citation. Ces paroles d’une jeune femme copte au correspondant du Figaro (le 17 avril, 2006) en dit beaucoup à propos de la situation des Coptes en Egypte. Mais cela n’est que le petit ‘bout de l’iceberg’ de leurs souffrances quotidiennes dans tous les domaines.

Car indépendamment des centaines d'attaques violentes contre eux au cours des 35 dernières années, ils ont été forcés de supporter de fait, le statut du dhimmi ([vi]).  En effet, l’Article 2 de la Constitution Egyptienne (faisant la Charia ‘la source principale’ de toutes législation) offre le fondement juridique pour discriminer contre les Coptes et les marginaliser dans leur propre pays.  

De nombreuses indications confirment ce statut, sous lequel vit la minorité copte, qui nombre autour de dix à douze millions d’habitants dans un pays qui en comporte 74 millions.  Il suffira de considérer quelques exemples : 

 

1- Les médias égyptiens sont, non seulement inondés de sujets religieux islamiques, mais se plaisent  à ridiculiser le christianisme et le judaïsme en les traitant comme des religions « falsifiées » ou « perverties » dont les « livres originaux » ont été perdus et/ou « trifouillés. » Il ne s’agis pas ici d’un débat « théologique » indécent, mais tels discours, répétés et martelés sans cesse, ne font que tourner le musulman ‘moyen’ en un fanatique, sinon radical, rendant des harcèlement et de la violence contre les Coptes parfaitement justifiable, sinon désirable.

[D'autre part, quand quelques caricatures, plutôt sottes, ont été publiées par un journal danois peu connu, l’affaire s’est transformée en une importante crise internationale, où des demandes pour que  des lois soient votées dans les pays occidentaux incriminant les « insultes contre l’Islam ou ses figures sacrées » !!! ]

2- Un décret présidentiel est exigé pour chaque permis de construire d’une église, payée entièrement par les fidèles, à la différence d'une mosquée.  Le processus, dominé par l'appareil de la sécurité d'état, est délibérément empêtré et prend habituellement des années et des années. 

3- Un  seul Copte (qui était également un ministre du gouvernement !) a été élu au parlement parmi 444 membres en 2005. Il y’en avait deux élus dans les élections de 2000 et nul en 1995.   

4- Le nombre des Coptes admis dans les académies militaires, de police, ou dans les organes judiciaires, ainsi que dans les corps diplomatiques et les corps d’enseignement universitaire, est limité à un quota de 1 à 2%.  Le  résultat est que l’appareil policier, par exemple, est pratiquement « islamiques ». Il n'y a aucun Copte dans les secteurs « sensibles », tels que des organes de sécurité d'état ou la présidence.  Le système entier de gouvernance locale est pratiquement exempt des Coptes ! Pas un seul Copte n’occupe le poste de doyen d'université ou de faculté.

5- Les programmes éducatifs dans les écoles ignorent l’ère copte dans l'histoire de l'Egypte.  Des cours glorifiant l’Islam (« la vraie religion ») et son histoire, sont imposés à tous les étudiants. 

6- Les nombreux cas d’attaques contre de vies, d’églises et de propriétés coptes sont souvent conduits sous les yeux négligents, sinon complaisants, de l'appareil de sécurité.  Les coupables, s’ils sont attrapés, sont rarement « reconnus coupables » par la justice. Une autre « technique », souvent appliquée par l’administration, est de déclarer le coupable comme « mentalement déséquilibré » et, donc, ne peut pas être juger. Dans tous les cas, les attaques contre des Coptes sont systématiquement référées comme « séditions confessionnelles » (donnant l’impression que le « deux cotés » sont responsables).

7- Des groupements, organisés et bien dissimulés, prennent pour cible particulière des jeunes filles et des femmes pour les convertir, d’une façon ou autre, à l’Islam.  Tout l’appareil de l’état se mobilise, bien évidement, pour faciliter les procédures de conversion ; même si celles-ci concernent des personnes qui ne sont pas, aux yeux  de la loi, « majeurs. » Par contre, un musulman converti au christianisme est très durement accueilli par les autorités et finit souvent par devoir vivre incognito, à moins qu'une chance de se sauver hors de son pays devienne possible.

8- Dans le cas d’une conversion d’un père de famille chrétienne à l’islam, les enfants mineurs sont automatiquement obligés de suivre. Le droit de garde par la mère, bien inscrit dans la loi, ne s’appliquant pas dans ce cas !

9- Chaque personne doit déclarer sa religion dans toutes formulaires officielles ; y compris la carte d’identité nationale ; des mesures qui rendent la discrimination encore plus facile à pratiquer. Très « mystérieusement », les ordinateurs de l’administration de l’état civile très souvent indiquent des chrétiens comme musulmans. Essayer de corriger telles erreurs est extrêmement difficile, sinon impossible, avec des conséquences arrivant jusqu’à accuser la personne concernée de l’apostasie.

10- Il est triste de voir que la ville d'Alexandrie, auparavant, la capitale de la culture méditerranéenne et, jusqu’aux années 50, ville épanouissante et cosmopolite où les religions et les races se mélangeaient  pacifiquement, soit devenue un point chaud du fanatisme islamique et des agressions répétées contre les Coptes.

 

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Nous pourrions continuer donner des exemples ; mais ce qui est le plus triste, c’est que d’une parts le gouvernement égyptien insiste toujours pour nier l’existence d’un « problème copte » (tandis que les Coptes n’ont qu’une seule, et simple, demande : les droits de citoyenneté ; complets et sans condition ni exception), et d’autre parts que les abus flagrants des droits de l'homme et des droits de citoyenneté des Coptes, se produisent sous les yeux attentifs des « nations libres » du monde, avec peu de protestations ou d’objections. 

En effet, le partenariat Europe Méditerranéenne ([vii]) n'a pas été d'aucun effet pour que l'Europe prenne notification, encore moins une position ferme, sur cette question.  Ceci, pour dire le moindre, c’est extrêmement décevant et regrettable.

 

Vos Commentaires

 

 

 



(*) Ecrivant (guindya@yahoo.com).

Communication au colloque « Les Coptes : un combat pour les droits de l’homme », organisé par l’Association  des Coptes de France, le 5 mai 2006

 

[i]) Un vêtement tout noir couvrant le corps entier, ne laissant qu’une petite ouverture pour les yeux.

[ii]) = ‘la paix soit sur vous’ qui n’est pas mauvaise, en soi, comme salutation ; la question est d’imposer un ‘code’ islamique pour le vestimentaire et la façon de parler.

[iii] ) Informations extraits d’un série d’articles par le Grand mufti, Cheikh Ali Goma’a, dans le journal Al-Ahram, en juillet et août 2005.

[iv] ) Chiffres du Bureau des statistiques de l’Etat.

[v] ) S’agis du Dr. Mohamed Imara. En plus d’être un invité fréquent aux programmes audiovisuel, ses chroniques fanatiques sont publiés dans le journal (propriété de l’Etat !) grande diffusion Al-Akhbar.

[vi] ) Le statut du ‘dhimmi permet les ‘Gens du Livre’ de garder leur foi, mais en soumission totale au règne et aux règles d’islam. Il a été légalement supprimé en 1855 par l'Empire ottoman (sous les pressions européennes), mais l’esprit de la dhimmitude persiste toujours.

[vii] ) Une tentative crée par l’Union Européenne avec pour un objectif de promouvoir la coopération avec les pays outre méditerranéen dans les domaines économiques, culturels ; mais aussi (au moins théoriquement !) celle-ci de droits de l’homme.