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15
Juillet 2006
«Le plan d'Israël était prévu de
longue date»
Par
Annette LEVY-WILLARD
Alex Frishman
est l'analyste militaire du Yedioth Ahronoth, premier quotidien d'Israël.
Combien de temps va durer l'offensive
militaire israélienne sur le Liban ?
On est juste au début de l'histoire. Israël
a quitté le Liban depuis six ans, et rien n'a changé. Le Hezbollah s'est établi
dans le sud du Liban et nous attaque. Nous avons essayé sans succès des moyens
politiques et diplomatiques. Ce n'était donc qu'une question de temps avant
qu'une opération militaire ne soit lancée afin de rétablir la sécurité des
habitants du nord du pays. La phase 1 de ce processus a commencé, mercredi,
avec les raids aériens sur le Liban. Ils ont visé spécifiquement les
infrastructures les ponts, les routes, les centres de communication et des
cibles militaires. L'armée a détruit plus de cinquante abris souterrains, où étaient
cachés des missiles à longue portée. Nous sommes maintenant dans la phase 2
avec les frappes sur les centres du Hezbollah au nord, à Beyrouth, Baalbek,
dans la plaine de la Bekaa. Mais il s'agit aussi de faire pression sur le
gouvernement libanais avec le blocus naval, les frappes sur l'aéroport, la
destruction de la route de Beyrouth à Damas. Le but est d'encourager les éléments
à l'intérieur du gouvernement libanais qui sont contre la présence du Hezbollah
au sud. Et de faire comprendre quel sera le prix à payer si le gouvernement libanais
continue d'être indifférent à la situation au sud. La phase 3, ce sera encore
plus de pressions sur le gouvernement libanais. C'est l'élément stratégique
principal de ce plan.
L'enlèvement de soldats israéliens ne
serait donc qu'un prétexte ?
Ce plan était de longue date dans les
tiroirs et les militaires attendaient le feu vert du gouvernement. Le Hezbollah
a fait une erreur en pensant que le nouveau cabinet israélien serait plus
faible que celui de Sharon parce qu'Olmert et Peres ne sont pas des généraux. Or c'est le contraire. Justement
parce qu'ils ne sont pas des chefs de guerre, ils sont plus influencés par
l'opinion publique. Sharon aurait pu résister à la colère des Israéliens. Mais
ce gouvernement est plus dépendant de l'opinion et des plans de l'armée. On
savait qu'il se préparait quelque chose pour cette semaine : les services israéliens
avaient appris que le Hezbollah avait donné des ordres pour déclencher des
actions au moment où l'Iran aurait à faire face au Conseil de sécurité de l'ONU
et à la réunion du G8. Les Iraniens voulaient détourner l'attention en allumant
d'autres foyers dans cette région. Mais le Hezbollah ne s'attendait pas à une
telle réaction d'Israël, qui, jusque-là, répliquait avec modération.
Israël va-t-il accepter un échange
pour récupérer les soldats enlevés ?
Israël ne négociera pas avec le
Hezbollah mais avec le gouvernement libanais. Il demandera la libération des
soldats, mais aussi l'assurance de la sécurité à la frontière libanaise, en échange
de la libération des prisonniers palestiniens. Le Hezbollah a un arsenal de
quelque 10 000 roquettes, et nous n'avons détruit, pour l'instant, que les
missiles de longue portée Il y aura donc encore des attaques. Le Hamas, c'est
une affaire différente. C'est un problème interne, politique, pas une négociation
entre pays. Le but est de l'affaiblir pour forcer Abbas à former un
gouvernement d'unité nationale.
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/193574.FR.php