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26 mai 2006
Un islamo-conservateur nommé à la tête du
gouvernement algérien
Le président Bouteflika compte sur Belkhadem pour l'aider à briguer un troisième mandat et
donner de nouveaux gages aux intégristes
Arezki Aït-Larbi
POUR
LA CRÉDIBILITÉ des élections législatives prévues en 2007, on annonçait un
technocrate «neutre». C'est un idéologue controversé, âgé de 61 ans, Abdelaziz Belkhadem, qui a été chargé, mercredi, par le président Bouteflika de former un nouveau gouvernement.
Ce
professeur de lettres arabes découvre les arcanes du pouvoir en 1972, lorsque
le colonel Boumediene le nomme directeur adjoint aux relations internationales à
la présidence de la République. Mais c'est à l'Assemblée nationale du parti
unique, où il a été «élu» en 1977, qu'Abdelaziz Belkhadem
fera l'essentiel de sa carrière. Il fera adopter en 1984 le très misogyne Code
de la famille, inspiré de la Chari'a et, devenu président
de l'hémicycle en 1990, il imposera la lecture du Coran à l'ouverture des
sessions parlementaires.
Durant
la guerre civile des années 90, ce chef de file des «barbéfélènes»,
passerelle entre les conservateurs du régime et les islamistes radicaux, a été un
infatigable avocat de la réhabilitation du FIS, dissous en mars 1992. Proscrit
durant une décennie en raison, dit-on, de ses accointances avec les mollahs
iraniens, il revient par la grande porte dans le sillage d'Abdelaziz Bouteflika, qui le nomme, en juillet 2000, ministre des
Affaires étrangères. Quelques semaines après avoir fait avorter la tournée en
Algérie du chanteur pied noir Enrico Macias.
Lors
de la présidentielle d'avril 2004, Abdelaziz Belkhadem
soutient le chef de l'Etat contre son ex-premier ministre, Ali Benflis, devenu son principal adversaire. Après des
batailles rangées qui firent quelques blessés entre les partisans des deux
clans, il prend le contrôle de l'ex-parti unique qu'il met au service du président.
Dans
la politique de «réconciliation nationale» qui donne l'absolution à des
milliers de terroristes, Abdelaziz Belkhadem joue un
rôle précieux d'estafette du chef de l'Etat auprès des dirigeants du FIS, qu'il
réussit à ramener dans le giron présidentiel. Devenu «ministre d'Etat et représentant
personnel du président» en mai 2003, l'ancien paria n'hésite pas à s'afficher
dans les réunions publiques en compagnie des «émirs», fraîchement descendus des
maquis. A commencer par Madani Mezrag, le chef de
l'Armée islamique du salut, amnistié en janvier 2000, à qui il aurait promis
d'entrer au Parlement, au printemps 2007, sur les listes du FLN.
Au-delà
de la réhabilitation en fanfare de l'islamisme politique, la nomination de cet
apparatchik taciturne à la tête du gouvernement répond à une feuille de route
bien précise : réviser la Constitution pour permettre au président Bouteflika de briguer un troisième mandat, et donner de
nouveaux gages aux intégristes qui hésitent encore à le soutenir.
Santé
défaillante
Dans
cette recomposition au pas de charge, favorable aux forces du
conservatisme et de la régression, deux inconnues risquent toutefois de
fausser les calculs. D'abord, la santé d'Abdelaziz Bouteflika.
Malgré l'optimisme des bulletins officiels de santé, le pronostic sombre d'un
cancer gastrique est souvent évoqué par des sources médicales crédibles ; ce
qui expliquerait son regain de ferveur mystique depuis son opération à l'hôpital
du Val-de-Grâce en novembre 2005. Ensuite, le rapport
des forces dans le sérail. Depuis la démission, en juillet 2005, du général Lamari, chef d'Etat-major, l'armée semble «neutralisée» et
rentrée dans le rang. Mais sa «branche politique», le Département du
renseignement et de la sécurité (DRS, services secrets) n'a pas renoncé à son rôle
de chef d'orchestre de la vie politique. Face à des «dérapages non contrôlés» qui
menacent les équilibres claniques, et qui risquent de placer les «barbus» à des
postes sensibles de l'Etat, va-t-il se résoudre au rôle de spectateur
impuissant ?
Le Figaro