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Avril 2007
Euclide, le Hezbollah et l'illusion
d'optique
Bechir Oubary
Les Libanais sont empêtrés aujourd'hui
dans un problème qui dépasse leur entendement. Confrontés depuis de longs mois à
deux visions globales et antagonistes, ils cherchent désespérément une solution
qui permette de concilier l'irréconciliable.
Depuis plus de deux ans, ils sont
presque involontairement happés dans une logique binaire capable de générer à l'infini
des arguments qui finissent par se neutraliser mutuellement non sans avoir été longtemps
ânonnés par les tenants des deux camps opposés.
On est donc en présence de deux lignes
parallèles que rien ne semble pouvoir réunir. C'est tout à fait logique,
puisqu'il est admis depuis Euclide que les parallèles situées dans un même plan
et prolongées à l'infini, ne se rencontrent jamais. C'est du moins, ce que les
humains qui ont eu la chance d'aller à l'école ont, depuis toujours, appris
dans les classes de géométrie.
La solution, par conséquent, consiste à
faire croiser ces deux lignes parallèles, même s'il nous faut pour cela défier
toute logique et ignorer l'existence même du fameux postulat d'Euclide.
Que faire ?
Aussi étrange que cela puisse paraître,
la solution est toute simple. Prenons, à titre d'exemple, le cas du Hezbollah: pour
lui le problème des lignes parallèles est d'une grande banalité, voire sans
objet. Non qu'il veuille contredire coûte que coûte le fondateur de la Géométrie,
il considère tout simplement que son postulat est quelque peu tronqué et qu'il
ne reflète qu'une vérité toute relative !
En effet, ce parti qui a été conçu
dans les couveuses divines peut tout à loisir affirmer et sans la moindre hésitation
que si Allah le voulait, il pourrait faire converger en un seul point toutes
les lignes parallèles tracées depuis l'aube de l'humanité.
En cela, rien d'étonnant puisque nous
sommes déjà habitués à le voir brandir à tout bout de champ la volonté divine,
sans oublier souvent de la confondre avec celle de son mentor Ali Khamenei,
afin de clouer le bec à ses détracteurs.
Mais, suivons pour une fois le parti
d'Allah dans sa logique en y instillant toutefois une petite rectification. Regardez
bien l'illustration ci-dessus et vous serez étonnés de constater que des lignes
parfaitement parallèles peuvent parfois donner l'illusion de converger (comparez
les 2 à 2 pour vous en assurer). Sauf que pour créer cette illusion d'optique,
nous n'avons pas besoin d'instrumentaliser comme lui la puissance divine
puisqu'il suffit d'une simple petite astuce (les carrés intercalaires).
De la même manière, il revient au
Hezbollah et à lui tout seul d'inventer l'astuce qui lui permette de renoncer à
son optique d'un autre âge, de tendre la main aux autres Libanais et de
construire avec eux le destin que la géographie impose. Les lignes parallèles
n'auront plus alors besoin de se croiser puisqu'elles peuvent tout simplement
se superposer par la volonté commune des Libanais.
La couleur orange de l'illustration
n'est pas fortuite. Tout ce qui précède s'applique tout aussi bien aux
partisans de Michel Aoun. Il leur suffit, eux aussi, de cesser de se précipiter
tels des moutons dans le marécage où Hassan Panurge a commencé par entraîner
leur chef.
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