19 Juillet 2006

 

 

 

 

 

La résistance du Hezbollah provoque un débat en Israël

Benjamin Barthe

 

Une semaine après le début de son offensive au Liban, l'armée israélienne approche de la croisée des chemins. L'endurance manifestée par le mouvement chiite libanais Hezbollah et l'amorce de mobilisation de la communauté internationale la poussent insensiblement vers l'heure du choix. Or celui-ci a tout l'air d'un dilemme.

 

  Si l'état-major israélien décide de poursuivre la campagne de bombardements en cours, il prend le risque de devoir l'interrompre avant terme, le jour où les chancelleries occidentales décideront qu'elles ne peuvent plus passer sous silence les souffrances subies par la population civile.

 

S'il opte pour une opération terrestre dans l'espoir de provoquer la déroute du Hezbollah, il s'expose à revivre le scénario catastrophe de la fin des années 1990, face à un ennemi dont l'ardeur sera décuplée par son aura renouvelée de "libérateur".

 

Dans les deux cas, l'armée israélienne risque donc d'éprouver des difficultés à remplir les objectifs que lui a assignés le premier ministre israélien, Ehoud Olmert : la libération des deux soldats capturés le 12 juillet et le retrait du Hezbollah au-delà du fleuve Litani, à 20 km au nord de la frontière.

 

"La stratégie de Tsahal est problématique, estime l'analyste Yossi Alpher, un ancien cadre du Mossad, les services secrets israéliens. Rien ne garantit que les raids aériens permettront d'affaiblir suffisamment le Hezbollah pour que l'armée libanaise ose le déloger de la frontière. Mais, dans l'hypothèse de l'envoi de troupes au sol, je ne suis pas sûr non plus que nous soyons capables d'éviter les erreurs du passé. Le tableau qui se dégage de cette première semaine d'offensive est tout sauf clair."

 

La hiérarchie militaire dresse un premier bilan beaucoup plus flatteur de l'opération "Punition adéquate". D'après le général Uri Dan, commandant en chef de la région nord, "une large partie de l'arsenal du Hezbollah, de ses roquettes et de ses missiles sol-air" a été réduite en miettes. De source militaire, on estime que la branche militaire du "Parti de Dieu" a perdu 50 % à 60 % de ses capacités depuis le début du pilonnage israélien. "Plus de mille cibles terroristes ont été attaquées, dont 180 sites de lancement de Katioucha et de roquettes de longue portée", estime le major général Gadi Eisenkot, chef des opérations de Tsahal.

 

Cependant, ces succès opérationnels sont impuissants à "changer les règles du jeu", comme disent les autorités israéliennes. A la manière des lanceurs de Qassam du Hamas palestinien, les artilleurs du Hezbollah manifestent une étonnante faculté d'adaptation au déluge de feu auquel ils sont soumis. Entre vendredi 14 et mardi 18 juillet, le nombre de Katioucha tirées sur le nord d'Israël n'a que légèrement baissé, passant de 100 à 80 par jour. En dépit de la traque dont ils sont l'objet, les lanceurs parviennent quasiment toujours à ajuster leurs tirs de façon à ne pas toucher les zones peuplées d'Arabes israéliens.

 

 

"FRAPPE PARFAITE"

 

Combien de temps pourront-ils tenir ce rythme ? Les stratèges de l'armée israélienne reconnaissent n'avoir aucune idée du nombre de roquettes que le Hezbollah détient encore, sur les 12 000 en sa possession à la veille du conflit. Ils disent aussi que le risque que Hassan Nasrallah choisisse de lancer sur Tel Aviv des missiles Zelzal de moyenne portée reste entier. Comme l'écrit l'éditorialiste du Jerusalem Post, David Horovitz : "Sur le plan diplomatique comme militaire, Israël n'a pour l'instant aucune assurance que les dommages infligés au Hezbollah ne pourront pas être rapidement réparés par la remise en service de la ligne d'approvisionnement irano-syrienne."

 

Or le temps alloué à Tsahal n'est pas infini. Des sources sécuritaires israéliennes indiquaient, en début de semaine, que les Etats-Unis pourraient prochainement céder aux pressions de leurs alliés européens en faveur d'un cessez-le-feu. Dans ce contexte, l'état-major israélien, qui rejette actuellement l'idée d'une offensive terrestre, planche sur la "frappe parfaite", le bombardement ultime, susceptible d'amener le mouvement chiite au point de rupture.

 

"Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas sortir de cette guerre victorieux, martèle Shaul Arieli, un colonel de réserve : il nous faut frapper fort, au risque de toucher les civils parmi lesquels se cachent les terroristes, afin de rétablir notre capacité de dissuasion."

 

Cette conception très martiale ne fait pas l'unanimité dans les cercles militaires. "Face à des entités comme les Palestiniens ou le Hezbollah, la dissuasion ne fonctionne pas parce qu'ils appréhendent leur lutte en termes absolus", écrit Dov Tamari, un brigadier général réserviste, dans le quotidien Yediot Aharonot. "Chacune de leurs tactiques sur lesquelles nous avons exercé notre pouvoir de dissuasion a été remplacée par une tactique de contournement", ajoute-t-il, en citant en exemple les embuscades, les attentats-suicides, les Qassam et les attaques par des tunnels.

 

Dans Maariv, un autre quotidien, Giora Eiland, ancien chef du Conseil de sécurité nationale, s'inquiète que les coups de massue de l'armée israélienne plongent le Liban dans le chaos. "En l'absence d'un gouvernement responsable, écrit-il, il ne sera jamais possible de conclure un accord qui tienne."

 

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-734511,36-796713@51-759824,0.html

 

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