![]()
26
juin 2006
Les acteurs politiques non
étatiques peuvent être plus violents avec les populations civils
que les acteurs étatiques, particulièrement avec les femmes
Boutros Labaki
Il ne faut jamais oublier que
généralement ce qu’on appelle « terrorisme » est souvent une forme de
réaction d’un groupe faible contre l’oppression d’un groupe plus fort,
jouissant le plus souvent du pouvoir étatique. Dans ce sens, on a souvent
appelé le terrorisme « le canon du pauvre ».
Je ne dis toutefois pas cela pour justifier une quelconque forme de
violence pratiquée dans une lutte contre l’oppression.
Il ne faut pas oublier non plus que ce
que l’on appelle « terrorisme islamique » est un ensemble de groupes
et de mouvements aidés, au cours de la guerre froide, par les USA et par
l’Angleterre pour lutter contre « le communisme » et contre des
régimes anticoloniaux dans des pays musulmans du tiers-monde. Après la fin de
la guerre froide et par effet de boomerang, ces mouvements se sont retournés
contre leurs anciens sponsors.
Sans jamais oublier d’insister sur la
violence exercée par des acteurs étatiques contre des populations civiles, il
est clair qu’il faut , dans la conjoncture actuelle,
focaliser l’attention et mobiliser l’opinion publique contre les violences
commises par des acteurs non étatiques, qui sont les acteurs largement
majoritaires des violences contre les populations civiles. Citons quelques
exemples des divers continents : FARC, ELN et milices de droite en
Colombie, GIA et autres groupes islamistes Algérie, Chimères en Haïti, IRA, URC
en Irlande du Nord, ETA au Pays basque, UCKA au Kosovo, Salafistes,
Jihadistes, Quaïda en
Egypte, Jordanie, Liban, Syrie, Irak, Arabie Saoudite, Yémen et Somalie,
milices diverses en Irak, PKK dans le Kurdistan de Turquie, groupes hindouistes
armés et violents dans toute l’Inde, Talibans en Afghanistan, groupes
islamistes et chrétiens armés et violents en Indonésie et aux Philippines,
divers groupes armés et violents au Timor oriental, groupes islamistes violents
en Thaïlande du sud, Armée de libération du Seigneur en Ouganda, Janjawid au Darfour (Soudan) et divers groupes ethnico-politiques en Côte d’Ivoire, milices ethniques dans
le delta du Niger (Nigeria) et dans l’Est du Congo, au Rwanda et au Burundi,
etc.
Les acteurs non étatiques sont souvent
pires que les acteurs étatiques dans les divers types de violences contre les
femmes, car ils n’ont pas même le minimum de contraintes juridiques que
pourraient avoir certains acteurs étatiques dans leurs comportements
répressifs. Alors que les acteurs violents non étatiques n’ont le plus souvent
aucune retenue dans l’exercice de la violence, en particulier contre les
femmes.
C’est pour toutes ces raisons qu’il
faut se lever systématiquement contre tous types de violence débridée exercée
contre les populations civiles en général, et féminines en particulier, par des
acteurs non étatiques. Ces violences étant justifiées par le fait que ces
acteurs se battent contre des régimes despotiques et corrompus.
Cela ne justifie en rien le fait que
ceux qui se battent contre ces régimes se comportent de la même manière que
leurs ennemis. Car, si jamais ils arrivent au pouvoir, ils pourraient avoir des
comportements en général plus répressifs que les régimes abattus.
Les exemples de l’histoire
contemporaine récente ne manquent pas dans ce sens :
Les Bolcheviques en Russie et dans le
reste de l’ex-bloc communiste, les
Castristes à Cuba, les Khomenistes en Iran, l’OLP au
Liban puis en Palestine, les Talibans en Afghanistan, les mouvements islamistes
d’opposition à Saddam et qui sont actuellement au pouvoir en Irak … La liste
risque malheureusement de s’allonger.
Boutros Labaki,
docteur en sciences économiques, Président de l’ILDES
(Institut Libanais de Développement économique et Social) ; Vice-président du Conseil pour le
Développement et la Reconstruction au Liban depuis 1991.