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22
avril 2006
La police iranienne chasse les «mal
voilées»
Delphine Minoui

Depuis
hier, la police sévit contre les femmes qui ne respectent pas la tenue
islamique.
A TEHERAN, c'est devenu une routine. Dès
que les foulards et que les manteaux rétrécissent, à l'arrivée des beaux jours,
la police lance sa chasse aux filles mal voilées. La nouvelle année persane n'a
pas échappé à la règle : «Nous allons sévir contre les femmes qui portent des
foulards légers, des pantalons courts et des manteaux cintrés», prévenait, dès
la semaine dernière, le chef de la police de Téhéran, le général Morteza Talaï. Il a également
menacé de sanctionner les magasins qui vendent des tenues trop légères.
Assis dans sa boutique perchée au
deuxième étage du passage Ghassem, en plein coeur du
marché de Tadjrich, Hessam,
un jeune vendeur, craint le pire. «C'est reparti pour un tour !», dit-il. L'année
dernière, il a été contraint de mettre la clef sous la porte pendant dix jours
et de payer une amende équivalant à 500 euros (soit deux fois le salaire
mensuel moyen). Raison invoquée par les Gardiens de la morale : une vitrine décorée
de manteaux «décadents», autrement dit «trop colorés» et «trop moulants». Du
coup, cette année, il opte pour la prudence. «Je viens de recevoir un stock de pantacourts, car les Iraniennes en raffolent. Par les temps
qui courent, je les ai laissés à la réserve», dit-il.
Cinquante patrouilles
L'élection, en juin dernier, d'Ahmadinejad, un ultraconservateur, a aussitôt laissé craindre
le pire en matière de répression. Mais jusqu'ici, le président semble avoir été
trop débordé par sa politique offensive lancée sur la scène internationale pour
se préoccuper de la tenue des Iraniennes. Reste donc à voir si la nouvelle
campagne, lancée par la police, s'avérera plus sévère que les années précédentes.
Selon les chiffres annoncés, cinquante patrouilles ont été déployées à travers
la capitale.
Les contrevenantes encourent entre 10
et 60 jours de prison ou une amende allant de 50 000 à 500 000 rials (entre 5
et 50 euros). Mais, en ce vendredi, jour férié à Téhéran, les policiers se sont
montrés plutôt indulgents. Aux alentours de la place Vanak,
haut lieu de la drague iranienne, on pouvait les voir effectuer des rondes serrées
à la tombée de la nuit, sans toutefois s'attaquer aux «mal voilées». «Ils
attendent sûrement le début de la semaine pour commencer à sérieusement sévir»,
souffle Hessam. Avec ses mèches décolorées qui s'échappent
du foulard, et son manteau cintré en blue-jeans, Mina Elmi,
une étudiante de 21 ans, n'a pas l'air, pour autant, de se faire du souci. «Je
n'ai pas l'intention de changer mes habitudes. Je refuse d'avoir peur», dit-elle,
avec audace, en se repoudrant le visage. A ses côtés, Sepideh
Yazdi, sa compagne de lèche-vitrines, est fière de
nous montrer ses derniers achats : des escarpins à bouts pointus, le nec plus
ultra de la mode téhéranaise.
Car ce n'est pas parce qu'elles
doivent porter le foulard, obligatoire depuis la prise du pouvoir par les
religieux, en 1979, que les Iraniennes se privent d'être coquettes. Au
contraire. Les temps ont changé depuis les premières années qui suivirent la révolution
islamique au cours desquelles les «soeurs islamiques» veillaient sévèrement au
grain : couleurs proscrites, robes longues et larges qui glissent jusqu'aux
chevilles, chaussettes obligatoires dans les sandales. C'est notamment avec
l'arrivée au pouvoir du président modéré Khatami, en
mai 1997, que les Iraniennes ont commencé à s'accorder quelques libertés : d'abord
les foulards à moitié transparents, puis les mèches rebelles et les touches de
maquillage, ensuite les manteaux qui s'arrêtent au-dessus du genou. «Au fil des
années, les Iraniennes ont réussi à imposer le changement, à dose homéopathique.
Condamnées à l'invisibilité, elles se sont lancé comme
défi de redevenir visibles. Et elles ne semblent pas prêtes à y renoncer»,
remarque la sociologue iranienne Masserat Amir Ebrahimi.
Le Figaro