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25
Juillet 2006
Les Iraniens sont las de la
propagande pro-Hezbollah
Delphine Minoui
REZA GHAFARIPOUR est furieux. «Les
autorités devraient s'occuper de nos problèmes avant de s'occuper de ceux des
autres», lâche cet étudiant iranien au chômage. Cela fait plus d'un an qu'il «galère»
pour trouver un travail. Alors, comme beaucoup de ses concitoyens, il commence à
se lasser de voir son pays multiplier les appels au soutien du Hezbollah
libanais dans sa guerre contre Israël.
Après l'arrivée des religieux au
pouvoir, en 1979, l'Iran a activement participé, en 1982, à la création de la
milice chiite libanaise, dans sa lutte contre Israël. Depuis, Téhéran n'a cessé
de la soutenir financièrement, idéologiquement et militairement. Aujourd'hui,
les responsables politiques nient leur implication dans la crise actuelle.
Mais ils encouragent verbalement la
violence en saluant, dès que l'occasion se présente, la lutte du Hezbollah et
des mouvements islamistes palestiniens. «Les forces du Hezbollah ont réalisé un
bel exploit et ont bien résisté. Le mouvement et son leader, notre cher frère
Hassan Nasrallah, sont des héros», déclarait, il y a
quelques jours, l'ancien président Ali Akbar Hashemi
Rafsandjani.
Boycott des produits «sionistes»
Depuis le début des attaques israéliennes
contre le territoire palestinien et le Liban, le portrait géant du chef du
Hezbollah, barbe longue et turban noir, a fleuri sur les grandes artères de la
capitale iranienne. La télévision d'État diffuse des bulletins spéciaux sur le
conflit et vante, à l'occasion, les exploits des combattants islamistes. Elle
vient également de lancer une vaste campagne contre les produits «sionistes»,
exhortant les Iraniens à renoncer à leur consommation de Coca-Cola ou encore à celle
de Pepsi. «Pepsi signifie
en anglais «pay each penny
to save Israel» («paie
chaque penny pour sauver Israël»)», avertit un programme rediffusé à plusieurs
reprises.
Parallèlement, les appels aux
donations pour la Palestine et le Liban-Sud ne
cessent de se multiplier. En avril dernier, la République islamique avait déjà annoncé,
en grande pompe, le déblocage d'une aide financière de 50 millions de dollars
pour le gouvernement palestinien, qui ne bénéficie plus des fonds européens
depuis la victoire électorale du Hamas. Mais nombre d'Iraniens commencent à trouver
que leur gouvernement en fait trop.
«C'est terrible, bien sûr, de voir
tous ces enfants palestiniens et libanais mourir innocemment sous les balles
des Israéliens. Face aux tanks, ils n'ont que des pierres pour se défendre»,
soupire Mohammad Tafrechi, un informaticien. «Mais,
ajoute-t-il, ce n'est pas une raison pour que l'Iran vide ses caisses pour leur
venir en aide !» Surtout, dit-il, «quand il y a urgence pour faire face au chômage
et à l'inflation galopante. Quand l'Iran s'est retrouvé en guerre contre l'Irak
(1980-1988), personne ne nous a soutenus. Alors, pourquoi devrions-nous aider
les autres ?» s'interroge Afsaneh Rezaï,
une jeune diplômée en quête de travail.
Élu, il y a un an, sur la base de slogans populistes, le nouveau président Ahmadinejad a, en fait, consacré une grosse part de son énergie à défier la communauté internationale, tandis que son gouvernement laisse transparaître certaines lacunes dans la gestion des dossiers économiques. Pour l'analyste Saeed Leylaz, c'est la raison principale du mécontentement iranien. «Les Iraniens ne sont pas contre le Hamas et le Hezbollah. S'ils sont fâchés, c'est parce qu'ils ont l'impression que le gouvernement ne fait rien pour relancer l'économie»,
dit-il.
Aujourd'hui s'exprime aussi cette
crainte qu'avec ses discours provocateurs Ahmadinejad
ne finisse par entraîner l'Iran dans un conflit régional. «S'il y a une guerre,
c'est la nouvelle génération qui va payer. Je ne suis pas prêt à me battre, je
ne veux pas mourir», lâche Mohammad Tafrechi.
La mort ne semble, en revanche, pas
effrayer Mohammad Hossein Abibollahi, un jeune
milicien islamiste de 17 ans, croisé vendredi dernier à la sortie de la grande
prière. «Je suis prêt à aller mourir en martyr en prenant les armes aux côtés
du Hezbollah. Mourir pour Dieu ne me fait pas peur», confie-t-il tout en
achetant pour l'équivalent d'un euro un nouveau DVD intitulé La Fête des armes.
Cette vidéo de promotion des attentats
suicides est produite par le Comité pour la commémoration des martyrs du
mouvement international islamique, une organisation iranienne qui vient
d'annoncer qu'elle a déjà recruté 55 000 candidats iraniens au martyre. Mais
pourquoi donc aller mourir pour d'autres ? «Je ne sais pas... On m'a dit que c'était
bien», répond le jeune bassidji (milicien islamiste),
après un silence d'hésitation.