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25
Juillet 2006
Tyr tendu face à la poussée de Tsahal
A la frontière, l'armée israélienne
se heurte à un Hezbollah très bien préparé.
Par Didier
FRANÇOIS
Avivim envoyé
spécial
Une voie cabossée, au bitume scarifié par
les chenilles de chars, débouche de la montagne sur une brèche ouverte dans la
frontière libanaise. Cette petite route encaissée, qui pique droit sur la
plaine de Tyr, sert désormais d'axe principal à la poussée des troupes israéliennes.
A moins d'un kilomètre, couronnant une colline, de lourdes volutes de fumée
grise couvrent Maroun al-Ras,
petit village transformé en redoute par les miliciens du Hezbollah et pris par
les forces israéliennes après d'intenses combats. Un peu plus loin, à quatre
kilomètres, la bataille se poursuit pour le contrôle de Bent
Jbail, bourgade de belle taille et quartier général
de la Résistance islamique, branche militaire du parti chiite, pour toute la région.
Les accrochages sont violents. L'artillerie de gros calibre, embossée derrière
la crête, pilonne sans relâche. Ses obus sifflent par-dessus les escadrons de réserve
qui attendent d'être jetés dans la mêlée en soutien des unités engagées. Dans
la nuit, des renforts d'infanterie avaient déjà été dépêchés à la hâte pour
appuyer les colonnes de blindés sévèrement prises à partie par des combattants
islamistes bien armés et profondément enterrés.
«Réseau souterrain». «Les combats sont très durs, reconnaît
volontiers le jeune tankiste d'une unité qui participe à la bataille. Le
Hezbollah a parfaitement préparé ses positions. Nous tombons partout sur des
bunkers bien camouflés, des réseaux souterrains de tranchées. On avance, on
avance et, soudain, des gars surgissent devant nous et nous arrosent avec des
missiles antichars. Leur armement est beaucoup plus efficace que celui des
Palestiniens. Leurs roquettes n'arrivent pas à détruire nos tanks, mais nous
immobilisent. Un équipage a dû attendre quatre heures sous le feu avant que
nous puissions lui porter secours. Tous étaient blessés aux jambes. On a donc
arrêté d'envoyer les blindés devant et, cette nuit, nous avons reçu des
renforts d'infanterie qui nettoient le terrain en avant de nos colonnes pendant
que nous leur apportons le soutien de nos canons.» Les combats de la nuit et de
la matinée auraient fait deux morts et seize blessés dans les rangs de Tsahal.
Sur les bas-côtés de la route, les mécaniciens
réparent des chenilles et fixent de lourdes plaques de blindage sous les
planchers des chars. L'état-major a fait aussi monter au front de nouveaux
bulldozers antimines pour ouvrir la voie aux blindés.
«C'est vrai, les combats sont plus difficiles qu'à Gaza, confirme le capitaine
Mitch Pilcer, un porte-parole de l'armée sur la zone.
Le Hezbollah est très bien fortifié, et nous allons prendre tout notre temps
pour épargner la vie de nos soldats. Le problème, c'est que, dans une offensive
classique, nous aurions contourné ces villages pour avancer vers les grosses
agglomérations. Mais notre objectif, c'est d'extirper le Hezbollah de toutes
ses positions en bordure de notre frontière. Nous opérons dans tout le Sud, de
la Méditerranée jusqu'au plateau du Golan, mais sur une faible profondeur. Notre
position la plus avancée est à sept ou huit kilomètres à l'intérieur du Liban.»
Les soldats se montrent légèrement plus sceptiques. «La situation tactique a évolué,
estime l'un d'eux, mais vu ce que l'on a en face, ça va prendre un peu plus de
temps que prévu.» Un autre officier approuve. «Les combattants du Hezbollah
sont très accrocheurs, constate-t-il. Sur la colline de Maroun
al-Ras, nous les avions bombardés pendant une semaine
avec de l'artillerie, de l'aviation et des hélicoptères. Pourtant, quand nous
avons attaqué la position, ils étaient toujours là. Il est important de bien
comprendre à quel ennemi nous avons affaire et pourquoi nous avons besoin de
temps.» Arrive un lieutenant-colonel de la police militaire. Furieux de découvrir
une poignée de journalistes dans cette «zone opérationnelle», il la déclare «fermée
à partir de maintenant», et clôt vivement l'entretien.
«Force d'interposition». Les soldats
engagés dans la bataille disent pourtant la même chose que le chef d'état-major.
A l'issue d'une visite dans une base de recrutement, le général Dan Halutz a affirmé, hier, que «nous ne sommes pas encore
arrivés au bout de notre mission. Le Hezbollah ne sera certes pas éradiqué lorsque
cesseront nos opérations militaires, mais notre but, maintenant, est
d'affaiblir suffisamment le Hezbollah, de le repousser vers le nord et de dégager,
dans le sud du Liban, une bande de territoire dans laquelle pourra se déployer
une force internationale d'interposition efficace, si possible en collaboration
avec l'armée libanaise. Israël veut s'assurer de sa sécurité, mais n'entend pas
reprendre pied au Liban» .
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