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11
November 2006
Nouvelles
considérations sur le voile islamiques
Les discours islamistes dans le monde musulman ont émergé dans des contextes politiques et économiques très différents. Malgré leurs ressemblances manifestes, il serait toutefois erroné de considérer ce phénomène comme un mouvement unique et homogène. Les conflits locaux, leur médiatisation, les transformations sociales, les crises économiques, les références étrangères façonnent des mouvements islamistes polymorphes et diversifiés. Cependant, malgré ces dissemblances, les fondamentalistes musulmans sont consensuels sur deux questions étroitement liées : la quête de l’identité et le statut de la femme.
En effet, incapables de définir et de promouvoir une politiques et une économie alternatives qui soient spécifiquement islamiques, les intégrismes musulmans n’ont identifié qu’un seul domaine porteur de l’essence de l’identité islamique : La question des femmes. La revendication du port du voile islamique pour les femmes est le point pivot de toute leur politique à l’égard des femmes et même de toute leur idéologie. Un déchiffrage rapide de leurs discours nous montre que le hijab cristallise tout le système anthropologique, juridique, culturel et politique de l’islamisme. Au regard de cette lecture, nous comprenons que ce vêtement n’est que la partie apparente d’un iceberg. La signification du voile islamique indépendamment des variantes socioculturelles qu’il adopte, transcende largement celle d’être un simple uniforme, supposé protéger le corps féminin de la convoitise des hommes. Derrière le voile il y a toute l’interprétation rétrograde de la sharia .Il y a les trois inégalités essentialistes qui caractérisent cette interprétation :
L’inégalité entre homme et femme, l’inégalité entre musulman et non musulman et l’inégalité entre homme libre et esclave. Ainsi, le voile devient un message religieux qui nécessite une herméneutique. Il révèle des conceptions rétrogrades occultées par la dissimulation tactique « taquiyya » prônée dans les propos officiels politiquement corrects : comme la supériorité du musulman sur l’infidèle, l’interdiction de la liberté de conscience, l’intolérance, les châtiments corporels , la polygamie, la répudiation et la lapidations. Le discours que véhicule le voile islamique est donc un discours de refus, refus du sujet de son autonomie de sa liberté, de l’égalité homme femme, de la mixité, de la laïcité de l’espace public, des droits de l’homme, des valeurs démocratiques.
Les intellectuels qui défendent le voile islamique et le considèrent comme un symbole impartial en cultivant le doute relativiste et en sacralisant la recherche de l’altérité et le culte de la différence doivent tenir compte des faits suivants :
1) Les déçus de la modernité, ceux qui
doutent de son contenu normatif doivent
comprendre que l’islamisme n’est pas post-moderne, il n’est pas un produit de la modernité. L’islamisme , bien
qu’il nous soit contemporain est un néo-archaïsme , un discours conservateur et
décadent pour lequel nous somme en droit d’être intransigeants tant qu’il enfreint l’universel . Le voile
est un symptôme, un symptôme qui révèle les complications de transition et les
difficulté de reforme interne de l’islam.
2) Sur le plan étymologique, le terme « voile » en français est utilisé comme traduction du mot arabe « Hijab ». Or du point de vue linguistique, cette traduction est un glissement de sens. Le mot «voile » devrait traduire « nikab » ou « khamar », car le nikab et le khimar sont, comme le voile, une pièce d’étoffe servant à cacher le visage. Par ailleurs, la traduction du mot arabe « hijab », qui est apparu dans le Coran, par « voile » n’est pas exacte, car le terme adéquat est « store », « draperie », « paravent » ou « rideau ». En effet, le mot hijab dérive du verbe hajaba « dérober aux regards, cacher ».En médecine c’est une membrane qui sépare les unes des autres certaines parties de l’organismes. C’est ainsi qu’on parle de hijab al djawf (diaphragme) ou de hijab al bukuriyya (hymen). Aux yeux des mystiques, le hijab est tout ce qui voile le but, tout ce qui rend l’homme imperméable à la réalité divine. . Le hijab est également le talisman écrit par un cheikh qui permet à son porteur une séparation mystique, une protection contre les aléas du réel.
3) Par ailleurs, le
thème du hijab est abordé huit fois dans le Coran dans les sourates 7, 17, 19,
38, 41, 42 ,83 et 33. Et pas une seule fois pour désigner l’habit dont la
femme devait se couvrir la tête. Les seuls versets qui contiennent des recommandations
vestimentaires et de pudeur sont les
versets 30 et 31 de la sourate 24 ou sourate « al
nour » Également, dans le
verset 59 de
En outre, ce verset concerne effectivement les
femmes, mais pas n’importe quelles femmes. Il vise clairement les Mères des
croyants qui ne sont autres que les femmes du Prophète, auxquelles on doit
respect, et que l’on ne peut prendre pour épouses, veuves ou divorcées, puisque
le Coran leur a octroyé le titre de Mères de tous les croyants. Certains exégètes rappellent que la
différence de traitement en ce qui concerne leur impossibilité de se remarier,
citée dans le même verset que le hijab et le double châtiment ou la double récompense
qui se s’adressaient qu’à elles souligne bien qu’il ne s’agit pas d’une règle
universelle mais d’une spécifiques et contextuelles s’appliquant exclusivement
aux épouses du prophète.
4) La décision
arbitraire de certains exégètes de considérer ce verset comme ayant une portée
générale, c'est-à-dire intemporelle, universelle, valable pour toutes les
situations est contraire aux exigences orthodoxes de l’exégèse qui prescrit de
tenir compte des causalités, « asbab
annuzul ». Cette supercherie constitue le principal fond de commerce
des positions rétrograde des l’islamisme et des milieux conservateurs en niant
l’historicité et la relativité du texte sacré.
- Les oulémas musulmans
affirment que le voile islamique est obligatoire uniquement pour la femme
libre. Pour les fuquahas des quatre écoles de la jurisprudence musulmane,
l’école malékite, hanafite, chaféite, hanbalite la femme esclave qui est
écartée des circuits de la circulations des épouses et éloignée de la filiation
généalogiques ne doit pas se voiler, sa awra
(zone corporelle qui doit être cachée) est assimilée à celle de l’homme afin de favoriser la
traite des esclaves et protéger les intérêts commerciaux. Le calife Omar Ibn
Khattab punissait sévèrement la femme esclave qui osait se voiler car elle
mettait en danger la distinction de classe entre femme libre et femme
esclave.
5) À
toutes les époques, le port du voile a été réfuté au sein même du monde
musulman. À commencer par l’arrière-petite-fille du Prophète Mahomet, Sukaïna
Bint El Hussein, qui refusait obstinément de porter le voile. . Aicha bent
Talha, La petite-fille du premier calife de l’islam et compagnon du Prophète,
Abu Bakr affirmait quant à elle que « si Dieu lui avait fait don de sa
beauté, elle ne voyait pas pourquoi elle devrait la cacher sous un voile ».
Depuis ce temps, les mouvements progressistes et féministes l’ont toujours contesté et rejeté.
6) Dans certains pays musulmans, le voile est
imposé également aux femmes non musulmanes ce qui révèle ses véritables
enjeux : haine de la femme, phobie de la féminité, déni de la différence
des sexe, déni de la différence elle-même qui remet en cause la parole
univoque !
Aujourd’hui,
on comprend aisément que le voile islamique nous apparaît comme un signe
politique et comme un marqueur religieux. Il cristallise une série d’exigences
imposée à la femme musulmane : l’abdication d’être un esprit libre dans un
corps réapproprié. Et vu que lorsque la norme disciplinaire réussit à pénétrer
le quotidien pour quadriller et stériliser le corps, le désir, la sensibilité
esthétique bref la disposition innée de l’homme au plaisir cela permet toutes
les dérives totalitaires. Et dans le combat contre les totalitarismes et la
lutte pour les libertés et la dignité humaine, nous pensons que la ligne de
démarcation ne passe pas obligatoirement entre l’Occident et l’Orient, entre le
Nord et le Sud mais plutôt entre intégristes de toutes obédiences et rationnels de tous les pays. Entre
autoritarisme et démocratie. Entre ceux qui possèdent
Université Zeytouna