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19
Juillet 2006
L'arsenal du Hezbollah lui permet d'étendre la "guerre des
roquettes"
Jean-Philippe Rémy
Jusqu'où
le Hezbollah parviendra-t-il à pousser sa "guerre des roquettes" ?
Telle est l'une des questions centrales de la crise au Proche-Orient. Depuis le
retrait israélien du Liban sud, en 2000, les attaques à la roquette du
Hezbollah menaçaient une bande frontalière large de 20 kilomètres. Cette fois,
les tirs du "Parti de Dieu" libanais ont frappé des villes israéliennes
situées à 40 km de la frontière. Et d'autres missiles, encore jamais utilisés
par le Hezbollah, pourraient menacer Tel Aviv ou Jérusalem.
Si tel était le cas, l'Iran et la Syrie, "parrains" du Hezbollah,
risqueraient d'être entraînés dans le conflit.
Selon
Marie-Joëlle Zahar, spécialiste du Liban au département
de sciences politiques de l'université de Montréal, la "ligne rouge" séparant
"l'état de guerre non déclaré (actuel) d'un embrasement régional",
conséquence d'une frappe sur Tel Aviv par exemple, n'a
"pas encore été franchie". Mais déjà, les opérations militaires israéliennes
dans la région ont été en partie conduites, jusqu'à présent, en réponse à la
menace des tirs du Hezbollah.
Le
"Parti de Dieu" s'est constitué un arsenal de Katioucha à tête explosive,
de 107 mm ou de 122 mm, d'une portée limitée de 10 ou 20 km. Selon Jane's Defence Weekly, journal
britannique spécialisé dans les questions de défense, le Hezbollah détenait,
avant la crise, de 10 000 à 15 000 pièces, un chiffre en conformité avec les déclarations
du chef du Hezbollah, en mai 2005, qui affirmait que son mouvement était en
possession de 12 000 Katioucha.
Mais
les Katioucha sont-ils encore le nerf des opérations du Hezbollah ? "Au
fil des jours, le Hezbollah a tendance à tirer moins de roquettes, mais leur
portée s'étend", note un observateur militaire au Proche-Orient. Le
tournant a été pris le 13 juillet, lors de la première attaque contre Haïfa,
lorsque la troisième ville d'Israël a été touchée pour la première fois depuis
le Liban sud par un tir de missiles Fajr (également
appelé Raad par le Hezbollah), montés sur des rampes
de lancement installées sur des camions. Le même jour, un bâtiment de la marine
israélienne a été frappé en mer, en dépit de ses systèmes de brouillage, par un
missile C802 tiré depuis la terre.
Le
Hezbollah est désormais équipé de Fajr 3 de 240 mm,
d'une portée de 40 km : il s'agit d'une roquette de 5,20 m de hauteur, pesant 400
kg et porteuse d'une charge explosive de 40 kg. Le mouvement chiite possède également
des Fajr 5, de 333 mm, dont la portée est de 75 km.
Surtout,
le Hezbollah est désormais équipé de missiles Zelzal 1
et 2 fabriqués et fournis par l'Iran, selon des sources concordantes. Ces
missiles, inspirés d'un ancien modèle soviétique, le Frog
5, ont une portée se situant entre 150 et 200 km et permettent de menacer Tel Aviv, malgré leur système de guidage approximatif. Le
Hezbollah, selon une source du renseignement, en possédait "moins de
cinquante" au début de la crise. Aucun d'entre eux n'a encore été tiré,
selon la même source, mais "une dizaine (de Zelzal)
ont été détruits lors d'un bombardement israélien, hier (mardi)".
Les
moyens dont dispose la milice chiite sont importants, en raison notamment de
l'appui de l'Iran qui, selon Anthony Cordesman, du
Centre des études stratégiques et internationales (CSIS), fournit au Hezbollah "une
aide financière ainsi que de l'équipement et des services pour une valeur se
situant entre 25 millions et 50 millions de dollars." Les roquettes et, désormais,
les missiles sont ensuite acheminés essentiellement depuis la Syrie, avant d'être
dispersés dans tout le Liban. Les Katioucha sont stockés dans des bunkers du
sud du pays, pour être amenés rapidement près de la frontière, d'où ils sont
tirés.
Les
missiles ou les roquettes à plus longue portée, au contraire, sont éloignés de
cette zone susceptible d'être envahie par l'armée israélienne. Une partie des Fajr est partagée entre des stocks installés dans la plaine
de la Bekaa, dans l'est du Liban, et dans les environs de Beyrouth. Pour "paralyser
le ravitaillement intérieur (du Hezbollah en armes)", selon un spécialiste
des questions militaires dans la région, l'armée israélienne détruit les ponts
et les axes routiers, des voies les plus minuscules jusqu'aux grandes artères, à
commencer par la route menant de Beyrouth à la Syrie. Selon un observateur régional,
cette politique consistant à "casser le Liban" porterait ses fruits
dans un premier temps, en ayant "désorganisé sérieusement toute la
logistique du Hezbollah".
Dans
le même temps, Tsahal a entrepris de vider de ses
habitants la bande frontalière du Liban sud pour y empêcher le déploiement des équipes
tirant les Katioucha. Le général Gadi Eisenkot, chef des opérations à l'état-major israélien, qui
a accusé la Syrie de poursuivre le "trafic d'armes destiné au Hezbollah",
a déclaré que l'armée israélienne continuait la "destruction systématique
de toutes les positions du Hezbollah dans une bande d'un kilomètre de large le
long de la frontière." Des annonces ont été faites par haut-parleur dans
les villages en demandant à leurs habitants de quitter la zone.
Le
Monde
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-734511,36-796725@51-759824,0.html