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13
Juillet 2006
Walid Joumblatt : «Le Hezbollah pratique la surenchère»
Le responsable druze dénonce le rôle joué par
l'Iran et la Syrie et redoute les conséquences d'une offensive militaire israélienne
au Liban.
LE FIGARO. – Les Libanais approuvent-ils l'enlèvement des soldats israéliens
par le Hezbollah ?
Walid
JOUMBLATT. – Compte tenu de l'offensive militaire israélienne contre les
Palestiniens à Gaza et de la question des prisonniers
libanais en Israël, la logique du Hezbollah peut justifier ces enlèvements. Les
Arabes sont exaspérés par l'intensité de la répression israélienne à Gaza. Leur
réaction première est de soutenir le Hezbollah. Mais en kidnappant ces deux
soldats, le Hezbollah joue un jeu très dangereux. Nous ne sommes plus dix ans
en arrière. Israël a évacué le Liban. Ces enlèvements dépassent les frontières
de notre pays. Le Hezbollah pratique une surenchère, soutenue par l'Iran et
par la Syrie, qui est devenue depuis un an un État satellite de Téhéran. Étant
donné l'absence d'initiative arabe et occidentale sur le dossier israélo-palestinien,
c'est l'Iran et la Syrie qui ont pris la relève, et dans ce cadre-là, le Liban
est un champ de bataille naturel.
Redoutez-vous une offensive militaire israélienne comme celle qui avait
détruit de nombreuses infrastructures libanaises en 1996 ?
L'attaque
israélienne a déjà commencé. Les premiers dégâts sont énormes. Déjà, les
touristes qui avaient profité de six mois de calme partent. Mais le Hezbollah
va devoir s'expliquer devant les Libanais. Dans le cadre du dialogue national,
nous étions en train de discuter d'une nouvelle stratégie de défense : en
clair, de qui relève la décision de la guerre et de la paix dans ce pays. Le
Hezbollah prétend que ses combattants sont déployés à la frontière israélienne
pour assurer la défense du sud du Liban et qu'ils ne peuvent pas passer sous la
tutelle de l'armée, car cela leur enlèverait toute flexibilité. Ce sont de
bonnes paroles mais si, demain, la riposte israélienne est très dure, tout le
monde payera.
Que peut faire le gouvernement libanais ?
Le
premier ministre Fouad Siniora ne peut pas exiger du
Hezbollah la libération des deux soldats israéliens. C'est impossible. Il y a
dix mille prisonniers palestiniens en Israël. On ne peut pas dissocier le problème
palestinien du sentiment de la rue arabe. C'est comme lorsqu'Israël
demande à Mahmoud Abbas de mettre au pas le Hamas. C'est une logique absurde et
stupide. Nous ne pouvons que minimiser les dégâts. Mais en même temps, nous
devons dépasser cette légitime émotion, pour bien voir les vrais enjeux. La
Syrie cherche à déstabiliser le Liban, à faire sauter son gouvernement. Damas
n'a qu'un objectif : tout faire pour empêcher la constitution du Tribunal pénal
international, réclamé par le Liban pour désigner les assassins de Rafic Hariri.
L'enjeu stratégique de Damas, ce n'est pas la Palestine, il s'agit de
remettre la main, d'une manière ou d'une autre, sur le Liban. Nous tentions ces
derniers mois de faire sortir notre pays de l'engrenage syro-iranien.
Aujourd'hui, nous sommes ramenés de force dans ce piège.
Propos
recueillis par Georges Malbrunot