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6 juin 2005
MEMRI
Un penseur tunisien réformateur : La laïcité est
vitale pour l’avenir du monde arabe et musulman.
Résumé :
Sur
plusieurs sites et tribunes progressistes de langue arabe, le penseur
tunisien Lafif Lakhdar
a publié une analyse sur la nécessité de réformes dans le monde arabo musulman, concluant que la laïcité est vitale pour
l’avenir de ce dernier. Elle est la clé de voûte de toute réforme.
(1) La laïcisation et la modernisation,
assure-t-il, sont des étapes dans l’évolution du monde et ne pourront être
évitées à la longue. Il estime en outre que la laïcité est la clé d’une
citoyenneté à part entière pour les hommes, les femmes, les musulmans comme les
non-musulmans, la clé d’une bonne entente de toutes
les composantes d’une société.
Selon
Lafif Lakhdar, la pensée
islamiste sommaire et primitive, est impuissante à donner la priorité à la
raison humaine sur la raison divine. Il
note que si le combat des islamistes est voué à l’échec, il peut toutefois
s’avérer impossible pour certains pays de brûler les étapes, et les pays
musulmans devront alors subir le pouvoir islamique avant de désespérer de ses
promesses non tenues et d’adopter un régime laïque.
Lakhdar souligne que la laïcité n’est pas anti-
religieuse: rien n’empêche un Etat arabo- musulman
laïque d’autoriser l’enseignement religieux - à condition que ce dernier soit
moderne et réformé. En exemple de pays ayant instauré des réformes de
l’enseignement, il cite
Par
ailleurs, explique t-il que la laïcité permettra aux pays musulmans de rompre
avec les aspects négatifs de l’islam,
tels que l’autocratie et la théocratie, et de s’approprier le legs positif, tel les courants de pensés
rationaliste. A ce propos, Lafif Lakhdar
évoque les éléments laïques de l’héritage culturel de l’islam, affirmant que
pendant près de 1 400 ans d’histoire musulmane,
les califes sont certes investis du pouvoir temporel et spirituel, mais
ce dernier était quasiment théorique et à titre honorifique. De fait, il était
l’apanage des oulémas. Pour autant le pouvoir n’était pas laïc. La laïcité
relevait alors du domaine de l’impensable.
Notant
que dans la pratique, le processus de laïcisation s’adaptera à la situation des
différents pays musulmans, Lafif Lakhdar
estime toutefois que ce sont les femmes et les minorités qui constitueront le
moteur de ce processus, vu qu’elles sont les principales victimes des
théocraties musulmanes qui sévissent un
peut partout .
Il
appelle le monde à condamner l’enseignement et les médias à vocation
islamistes, souhaitant une Résolution du Conseil de sécurité des Nations unies
sanctionnant l’intervention militaire dans les cas où les islamistes une fois
au pouvoir recourent à la force contre
les femmes, les minorités ou ils refusent l’alternance démocratique. Il appelle
les organisations mondial et internationales à « considérer l’instruction
religieuse dans la plupart des pays arabes et islamiques comme une sorte
d’incitation au terrorisme, et les médias religieux actuel comme une
incitation à la haine et à la
discrimination religieuse ».
La
plupart des pays islamiques se laïcisent progressivement.
Lafif Lakhdar commence par
définir le terme « laïque » comme la séparation du religieux et du
politique. Il distingue trois sortes de pays : les théocraties, les Etats
laïques et les Etats en voie de laïcisation. Les théocraties dominaient le Moyen-Age, note-il.
De nos jours, le Vatican en est le seul vestige dans le monde chrétien. Dans le
monde islamique toutefois, il reste un certain nombre de théocraties :
Il
remarque aussi qu’aujourd’hui, neuf pays sur dix dans le monde, limitent la
religion au domaine privé et spirituel, laissant à l’Etat de gérer les affaires
politiques - l’Etat qui est régi par des institutions modernes et des lois et positives . Il remarque qu’
« une théocratie en voie de laïcisation dispose d’une constitution qui
stipule que la charia [loi islamique] est la première source de législation.
Elle n’accorde pas l’égalité des droits et des devoirs civiques aux femmes, aux
musulmans d’autres confessions et aux non-musulmans.
Les
femmes et les non-musulmans sont, dans cet Etat de
transition vers la laïcité, des citoyens de seconde zone, et parfois même au
degré zéro de la citoyenneté. Par exemple, les femmes n’ont pas le droit de
briguer la magistrature suprême ou
même des postes de moindre
envergure, elles sont , dans de nombreux Etats musulmans, privées même de leur
capacité juridique voire de celle de conduire la voiture. Les citoyens non-musulmans sont encore traités comme des dhimmis de fait [non musulmans appeler à vivre en terre
d’islam dans une situation d’infériorité juridique et financière] (…) L’Etat hybride de transition applique la loi positive dans
certains domaines et la charia dans d’autres. »
Les
musulmans adopteront tôt ou tard la laïcité.
Les
pays arabes et musulmans ne pourront se soustraire au processus de laïcisation,
estime Lakhdar : « L’histoire nous apprend que
la laïcité, très répandu dans le monde, ne s’arrêtera pas à la frontière du
monde arabe et musulman, dont l’avenir ne saurait se distinguer de celui du
reste de l’humanité. L’histoire ne connaît pas d’exception culturelle assez
forte pour résister longtemps à une tendance historique de fond. C’est ainsi
que les musulmans finiront, comme le reste de l’humanité, par adopter la
modernité et donc, la laïcité. »
La
séparation des domaines religieux et politique, explique Lakhdar,
est le produit de la modernité. Il estime que les islamistes qui sont, par
définition, traditionalistes, intégristes et anti- modernistes, ne peuvent pas
concevoir cette séparation propre à la modernité :
« La contradiction entre la raison
scientifique et la raison religieuse,
entre les droits de l’homme et les droits d’Allah sur l’Homme (c’est-à-dire les
obligations religieuses,) c’était ce qui a conduit d’abord l’Occident – et par
la suite, le monde – à la laïcité, à séparer le religieux du temporel –
séparation qui est une condition sine qua non du progrès et du vivre ensemble.
(…)
La
séparation entre le sacré et le profane est le produit de la modernité. Plus
nous remontons le cours de l’histoire, plus les cas de séparation de ce type se
font rares, la règle étant que le sacré et le profane étaient autrefois liés
l’un à l’autre, notamment au sein des tribus primitives, pour lesquelles tout
est sacré : l’histoire de la tribu, ses ancêtres, la grossesse, la
naissance, l’accouplement, les rites de la chasse, le comportement quotidien
des membres de la tribu (…), les violations étant punies de mort. Pourquoi en
est-il ainsi ? Parce que seul un esprit logique développer est capable de
relativiser le concept de sacrer (…) tandis que l’esprit primitif n’est
pas suffisamment développé pour (…) accepter la
priorité de la raison humaine sur la raison divine (…)
L’esclavage
psychologique des islamistes à l’égard de leurs ancêtres (Le Prophète, ses
Compagnons et les Compagnons de ses Compagnons et les compagnons de ces
derniers) paralyse leur pensée critique autant que le culte des ancêtres celle
des tribus primitives. La pensée divine
héritée des ancêtres est tout, tandis que la pensée rationnelle produite par
notre cerveau n’est rien (…)
En
remontant le cours de l’histoire, nous nous apercevons que le sacré envahit
tout (…) Tout est sacré, l’homme n’étant plus qu’un jouet du destin, des dieux,
lesquels dirigent arbitrairement tous les aspects de la vie, des plus minimes
aux plus importants. Pourquoi cela ? Parce que la pensée rationnelle, qui
se base sur la science et la technologie, en était encore à ses premiers
balbutiements et n’était pas en mesure de comprendre, d’interpréter voire de
changer le monde (…)
Toutefois,
l’histoire en progrès a toujours cherché à élargir le monde appréhendé par
l’esprit humain (…) En limitant le règne absolu des rois, la raison humaine a
également limité le règne – alors absolu - de la raison divine, la confinant
aux affaires spirituelles (…)
Comment
la pensée rationnelle a-t-elle pu introduire la laïcité dans notre monde
moderne ? Au moyen de la science et de la technologie, lesquelles ont aidé
la pensé humaine à apporter une interprétation rationnelle à ce qui était
jusqu’alors considéré comme un miracle (…) Descartes pensait que l’arc en
ciel était un miracle divin (…)
Contrairement
au judaïsme et au christianisme, l’islam n’a pas encore connu sa réforme.
La
laïcité comme système politique cohérent n’a jamais fait son apparition dans le
monde arabe, souligne Lafif Lakhdar.
La rencontre du monde arabe avec l’Europe, à travers le colonialisme, lui a
apporté un certain degré de modernité, le poussant à abandonner certains
aspects de l’Etat islamique théocratique, tels que châtiments corporels et tribut[Jizyia] levé sur les non musulmans. En Arabie Saoudite, qui n’a jamais été
colonisée, les châtiments corporels existent toujours.
Jusqu’à
présent, la laïcité n’a pas réussi à pénétrer suffisamment le monde arabe parce
que l’islam n’a pas encore connu la réforme religieuse nécessaire,
contrairement au judaïsme et au christianisme en Europe. Une religion qui subit
des réformes est une religion moderne qui reconnaît la séparation de la
religion et de l’Etat et accepte de se limiter à la sphère spirituelle, cédant
à l’Etat la gestion des affaires temporelles.
La
deuxième raison pour laquelle la laïcité comme système politique n’a pas réussi
à percer [le monde arabe] est l’absence du courage politique des élites au
pouvoir et aux affaires. L’islam n’a pas été réformé en Turquie (…) et malgré
cela, sous la direction du musulman Kamal Atatürk est venue la fin de la
théocratie ottomane – le califat –, et sur ses ruines s’est érigé un Etat qui
assume son identité laïque. »
La
laïcité n’est pas anti-religieuse
Lafif Lakhdar refuse l’argument
islamique selon lequel la laïcité est par essence anti-religieuse :
« Pour affirmer que la laïcité est anti-religieuse, il faut être ignorant
de la définition du terme, telle qu’elle figure dans tous les dictionnaires
d’Europe – berceau de la laïcité – ou bien il faut être malintentionné, comme
le sont en effet plusieurs dirigeants de l’islam politique. » Ainsi,
remarque-t-il, la laïcité est désormais ouverte. La neutralité de l’état
français vis-à-vis de la religion ne la pas empêché de construire en 1920, la
mosquée de Paris. De même, il prédit que la laïcité de l’Etat arabe à venir ne
l’empêchera pas d’accorder une aide égale à tous ses citoyens, à l’instar de
Rien n’empêche un Etat laïque en terre d’islam
d’enseigner le fait religieux - s’il
s’agit d’un enseignement religieux réformé. Dans le cadre d’un enseignement
général moderne. La réforme de l’islam passe par l’enseignement du fait
religieux, « à la lumière des sciences modernes : l’histoire comparée des
religions, la sociologie des religions, la psychologie, l’anthropologie
religieuse, l’herméneutique, la linguistique et la philosophie – susceptibles
de développer la pensée critique des jeunes générations. »
« En
Tunisie », souligne Lakhdar, « les
étudiants de l’université religieuse la Zaytouna
étudient la philosophie moderne et islamique pendant leurs quatre années
d’études. Les étudiants des facultés scientifiques, ceux de la faculté de
médecine compris, étudient la philosophie tout au long de leurs études. Rien de
tel que la philosophie et les sciences humaines pour approfondir la réflexion
face à la propagande politico-religieuse des islamistes. Ce type d’enseignement
moderne religieux, réformé, n’est pas seulement souhaitable (…) ; il est
indispensable pour immuniser la conscience musulmane traditionnelle et celle
des générations montants contre le fanatisme, le terrorisme et la
discrimination religieuse (…) »
La
laïcité permet de rompre avec les aspects négatifs de l’islam et de renouer
avec ses meilleures valeurs humaines
La
laïcité implique une rupture avec l’islam ? A cette question, Lakhdar répond qu’il s’agit en vérité de rompre avec
l’autocratie et la théocratie musulmanes, pour renouer, via la laïcité, avec
nos meilleures valeurs culturelles comme la pensée mutazilite
[rationaliste] et philosophique qui soumet à l’interprétation rationaliste
notre texte fondateur (le Coran) ou
l’islam druze et soufi, qui, au Moyen-Age,
avait aboli la charia des peines corporels et proclamé la séparation de la
religion et du pouvoir.
D’après
Lafif Lakhdar, bien que
l’Etat musulman était théocratique du fait qu’il appliquait la charia, la laïcité étant alors impensable,
l’héritage musulman contient des traits laïques encore non explorés et non
exploités. Il rapporte notamment l’histoire du Prophète Mahomet qui, apercevant
des agriculteurs occupés à greffer leurs dattiers avec du pollen, leur suggéra
de mettre fin à cette pratique. Ils l’écoutèrent, et les dattiers s’en
trouvèrent endommagés. Ils allèrent s’en plaindre au Prophète, qui répondit :
« Je suis votre prophète pour les affaires religieuses uniquement. Pour
les affaires profanes, vous et moi sommes égaux. » Lakhdar explique que le Prophète a reconnu par là la
séparation de la religion et de l’agriculture.
Il
relate également l’histoire du Prophète demandant à son armée, lors de
Depuis
l’époque des premiers califes omeyyades, [661-680], poursuit Lakhdar, les califes n’officient plus, mais nomment des imams
à cet effet – de nos jours seulement en Iran théocratique, les présidents de
Les
islamistes pourraient devenir (à leur insu) les importateurs de la laïcité dans
le monde arabe
Lafif Lakhdar affirme que les
islamistes porteurs d’un projet de société théocratique, combattent la
modernité et la laïcité vécues par eux comme une hérésie, comme une imitation,
formellement interdite, du non musulman, comme l’obstacle majeur à
l’instauration de leur Etat théocratique. D’après Lafif
Lakhdar, leurs craintes sont justifiées car
« aujourd’hui, la modernisation est une tendance historique irrésistible.
Elle ne nous épargnerait probablement pas comme elle n’a pas épargné les
eskimos. » Je risque dit Lakhdar, cette hypothèse : les islamistes pourraient
être l’instrument inconscient de l’histoire pour introduire la
laïcité dans le monde arabe notamment dans les pays qui appliquent
l’islamisme sans les islamistes ; A preuve en Iran après 25 ans de République
islamique, 75% de la population et 86% des étudiants ne font plus la prière.
Seuls 2% jeûnent pendant le Ramadan, alors qu’ils étaient bien plus nombreux à
jeûner avant
Seule
la laïcité peut assurer la coexistence pacifique de toutes les composantes
d'une société
La
laïcité est essentielle pour les sociétés arabes, écrit Lakhdar,
car elle permet la coexistence pacifique de toutes leurs composantes :
« La plupart des sociétés se composent d’un grand nombre de religions, de
groupes ethniques et d’écoles de pensée religieuses contradictoire, et parfois
luttant les uns contre les autres. Si un pays adopte la religion, d’une partie
de ses citoyens au détriment des
religions des autres citoyens, ces derniers se sentiront lésés, car ils ne se
reconnaissent pas dans la religion de
l’Etat confessionnel.
L’issue
de cette impasse lourde des guerres de religions, c’est la laïcité de l’Etat.
Dans un pays laïc, le lien de citoyenneté ne se fonde pas sur l’appartenance
religieuse ou autre, mais uniquement sur le contrat social. (…) Ainsi, l’Etat
laïc tient sa légitimité uniquement du contrat social, et non de la religion,
en organisant le vivre ensemble et en instaurant la paix entre ses différentes
religions et cultures (…) La raison, c’est-à-dire l’intérêt commun, c’est ce
qui peut constituer la base de la vie publique, aussi bien au sein de la
société d’une nation que de la société des nations (…)
L’Etat laïque n’applique que la loi positive. Ainsi, il
interdit l’excision, la lapidation pour adultère, et les autres châtiments
barbares. L’application de la charia est d’or et déjà obsolète.
De
même, le choix d’une éducation islamique, voire djihadiste
représenterait une provocation pour les citoyens non-musulmans,
ainsi que pour les musulmans laïcs et éclairés. Il n’y a pas d’alternative à
l’enseignement moderne ; persister à enseigner la charia et ses
« science » relève de l’autopunition masochiste. C’est aller à contre
- courant de l’esprit des temps.
De
la nécessité d’une éducation moderne et de médias laïques
« La
laïcité est la clé de la modernité politique (…) La foi du croyant ne concerne
que lui-même et sa conscience, et n’affecte en rien ses droits et ses devoirs
de citoyen. Le croyant pratique sa foi à la mosquée, à la synagogue ou à
l’église, et le citoyen exerce ses droits et ses devoirs de citoyen dans tout
le pays (…)
La
question est de savoir comment parvenir à cette séparation vitale entre le
croyant et le citoyen : comment parvenir à une citoyenneté moderne, qui ne
connaît et ne reconnaît que l’appartenance à la nation? Comment faire en sorte
que les pays arabo - musulmans n’applique que la loi
positive? Avant tout, par l’introduction d’un enseignement moderne. La réforme
de l’Islam passerait probablement par la modernisation de l’enseignement
religieux (…) Deuxièmement, en acquerrant une chaîne satellite laïque qui sera
en mesure de concurrencer la télévision islamique djihadiste
Al-Jazira (…) En attendant d’en arriver là, il
faut user abondamment de tous les médias et d’Internet (…)
La
tâche centrale est de réformer l’islam au travers la réforme de l’enseignement
et du discours religieux (…) La deuxième tâche consiste à se débarrasser du
narcissisme religieux qui fait de l’islam la seule religion [vrai]. Le judaïsme
et le christianisme ne seraient rien de plus que deux lois religieuses ayant
préparer le terrain à l’avènement de la loi islamique, et l’islam les auraient
abrogés et pris leur relève (…) Cette attitude de narcissisme religieux (…)
explique en grande partie le terrorisme islamique et la résistance d’un nombre
important de musulmans d’Occident à s’adapter aux valeurs des sociétés laïques
de tradition chrétienne où ils vivent. (…) Le dialogue des religions est un
antidote contre le narcissisme religieux
surtout en terre d’Islam. D’ou la nécessité impérieuse d’introduire le
dialogue des cultures dans l’enseignement islamique. (…)
A
cet effet, il fout engager le dialogue des religions avec le judaïsme et le
christianisme au moyen de colloques et des débats médiatisés. Cela permettrait
d’assurer la mise en place d’un discours interreligieux susceptible de faire
comprendre aux musulmans que l’islam n’est qu’une religion parmi d’autres – et
non la seule religion vrai, (…). Les traductions d’études portant sur d’autres
religions (…) élargiront l’horizon des musulmans en leur permettant
d’appréhender leur propre religion dans son contexte historique, où elle sera
perçue – et relativisée - comme participant du phénomène religieux en général. »
Le
processus de laïcisation sera adapté à la situation des différents
pays musulmans
Dans son analyse de la laïcité, Lafif
Lakhdar ne passe pas sous silence les différences qui
existent entre pays islamiques, et explique que le processus de laïcisation
tient compte de ces différences : Tout Etat musulmans peut adopter la
laïcité à son expérience historique. A condition de respecter les
principes les plus basiques de la laïcité :
Le principe d’une citoyenneté pour tous,
permettant aux femmes de gouverner les hommes, et aux non-musulmans
de gouverner les musulmans.Ce droit sera sans doute
inapplicable au début, mais au fur et à mesure que la laïcité infiltrera la
conscience islamique, il prendra toute sa place (…)
Le
principe de reconnaître le droit de tous les citoyens à pratiquer leur,
religion (…) et à construire des mosquées, des églises et des lieux de culte
sans discrimination (…)
Le
principe de l’application exclusive de la
loi positives dans tous les domaines de la société (…) A ce propos, je
suggère que les intellectuels du monde arabe réclament l’intervention de la société civile mondiale, les Nations
unies, les médias mondiaux et la diplomatie internationale pour incriminer
l’application des châtiments corporels islamiques. C’est ce que j’avais déjà demandé en 2001, sur les
antennes d’ Al-Jazira ; en conséquence le
prince Khaled Ben Sultan m’interdit de plume dans le quotidien Al-Hayat,
dont il est le propriétaire.
Le
principe de respecter la liberté de conscience et de religion. La liberté de
religion et celle de pouvoir choisir librement sa religion ; la liberté de
conscience est celle d’avoir ou non une religion (…)
Le
principe de réformer l’éducation religieuse qui de nos jours transforme le
petit musulman en un terroriste en puissance. Pour familiariser la conscience
collective musulmane avec les valeurs universelles moderne, il faut introduire
à l’école l’étude des droits de l’Homme comme c’est déjà le cas en
Tunisie. (…)
La
laïcité dans les pays islamique s’introduit et se consolide par l’application
de ces cinq principes.
Ceux
qui sont menacés par la théocratie musulmane ont intérêt à propager la laïcité
dans le monde arabe
La question, toute la question, est de
savoir qui pourrait se charger de promouvoir la laïcité dans le monde arabe, Lafif Lakhdar estime que les
régimes arabes discrédits, ne sont pas à même de la faire. Seules, les forces
qui auraient intérêt à voir la société se laïciser peuvent la faire. C’est par
elles que le changement peut intervenir, estime Lakhdar.
Il s’agit, affirme-t-il, « des minorités ethniques, des minorités
religieuses et des femmes, que les théocraties en place les a toutes privés des
droits de la citoyenneté à part entière. »
A ces forces, il ajoute les écrivains, les scientifiques, les chercheurs, les
artistes et leur public qui constitue le secteur instruit et éclairé des
sociétés arabo-musulmanes.
Lafif Lakhdar n'ignore pas
que ces forces sont encore faibles dans les sociétés musulmanes et insiste donc
sur la nécessité de créer « un front mondial pour la diffusion de la
laïcité dans les pays islamiques. » Il souligne que le monde entier a en
effet intérêt à la création d'un tel front, puisqu’il est de son intérêt « d’assécher les sources du
terrorisme islamique».Dont celles du discours religieux traditionaliste ou
djihadiste qui sévit dans l’éducation notamment
religieuse.
Lakhdar appelle donc
les organisations mondiales et internationales à « considérer l'instruction
religieuse de la plupart des pays arabes et islamiques comme vivier du
terrorisme, et beaucoup de medias religieux comme incitant à la haine et à la
discrimination religieuse. » En outre, il estime que « le partenariat
entre l'Europe et les pays arabes, entre ces dénies et les Etats-Unis,
devraient comporter des clauses interdisant la discrimination religieuse à
l’encontre des femmes et des non-musulmans. »
En cas d’avènement des islamistes au pouvoir, Lafif Lakhdar, suggère que le Conseil de sécurité de l’ONU
ou l’OTAN décident d'intervenir
militairement dans les quatre cas
suivants :
a) si les islamistes entreprennent de lapider les
femmes ;
b) s'ils organisent des massacres des minorités religieuses
ou ethniques ;
c) s'ils démantèlent l'armée nationale pour la remplacer
par des milices islamistes ;
d) s'ils refusent l’alternance démocratique.
* Alluma Dankowitz
est directrice du projet de documentation sur
[1] http://www.elaph.com/ElaphWriter/2005/4/57653.htm, le 24 avril 2005
http://www.metransparent.com/texts/lafif_lakhdar_secularism_key_to_full_citizenship.htm,
Al-Ahdath Al-Maghribiyya
(Maroc),
le 25 avril 2005.