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3
janvier 2006
MEMRI
DF n° 314
Lafif
Lakhdar, un musulman réformiste
Par: Prof.
Menahem Milson
Le 10 décembre 2006, à l'occasion de
la Conférence internationale sur l'islam en Europe, tenue à l'Université hébraïque
de Jérusalem, le Professeur Menahem Milson a présenté les idées du penseur réformiste Lafif Lakhdar sur la question de
l'intégration, en opposition aux tenants de la vision ethnico- communautariste
au sein de la communauté musulmane en France et en Europe. Ci-dessous le texte
de sa conférence:
Introduction: courte biographie
Lafif Lakhdar est un intellectuel tunisien vivant à Paris. "Lafif Lakhdar" est la
transcription française du nom arabe "Al-Afif Al-Akhdar". Il est l'un des plus grands intellectuels
arabes réformistes de l'époque actuelle. Ses articles paraissent régulièrement
sur les sites libéraux Elaph et Middle-East
Transparent, avant d'être repris par des dizaines d'autres sites à vocation réformiste.
Ses critiques à l'encontre de l'islamisme et du terrorisme islamique sont
claires et sans concessions.
Le 24 octobre 2004, les sites arabes
libéraux www.elaph.com et www.metransparent.com ont publié un manifeste signé par
des intellectuels arabes, dont Lafif Lakhdar, sous forme de pétition adressée à l'ONU, réclamant
la création d'une Cour internationale pour poursuivre les théologiens du
terrorisme.
La signification particulière de cette
pétition est que ses auteurs ne se sont pas contentés d'évoquer le terrorisme
et les terroristes en termes généraux, mais ont mentionné les noms de certains
dignitaires religieux islamistes, accusés de promouvoir le terrorisme, comme
devant être poursuivis dans le cadre de cette Cour. Parmi ces derniers figure
l'éminent et très médiatisé Cheikh islamiste Youssouf al-Qaradhawi,
dignitaire religieux des Frères musulmans.
Il n'est guère surprenant que le
mouvement islamiste tunisien interdit Al-Nahdha,
dirigé par le cheikh Rachid al-Ghannushi, ait qualifié
Lafif Lakhdar d'apostat, ce
que de nombreux islamistes comprennent comme un appel au meurtre.
Lafif Lakhdar est né en 1934 dans une famille paysanne indigente
du nord-est de la Tunisie. Parmi les neuf enfants de sa famille, sept sont
morts en bas âge et seuls deux ont survécu: lui-même et un frère. Par manque de
moyens, Lakhdar n'a fréquenté l'école que six mois (une
école française) et a suivi des études coraniques dans son village. Plus tard,
il a intégré l'université religieuse Al-Zaytouna, qui
lui a accordé la gratuité des études, une chambre d'étudiant et une petite
bourse. Il a suivi des études de droit et exercé le métier d'avocat pendant
plusieurs années.
En 1958, il a ainsi été l'avocat d'un Tunisien
qui a attenté à la vie de Bourguiba, et qui fut condamné et exécuté. A la suite
de ce procès, Lafif Lakhdar
fut assigné à résidence. En 1961, il a fui la Tunisie pour Paris, où il a
rejoint les partisans du FLN, et lorsque plus tard Ben Bella
a été élu président, Lakhdar est devenu l'un de ses
plus proches conseillers en Algérie. Après la destitution de Ben Bella, en 1965, Lakhdar a fui
l'Algérie, et a passé plusieurs années à errer à travers l'Europe et le Moyen-Orient.
A la fin des années 1960, Lafif Lakhdar se trouvait en
Jordanie, où il entretenait des relations avec la direction de l'OLP. En 1970,
il est parti pour Beyrouth, où il est devenu une figure marquante des milieux
de gauche. Il aime à dire que c'est la faim qui a fait de lui un socialiste. Toutefois,
la guerre civile au Liban a révélé des désaccords entre lui et ses associés de
gauche ; Lakhdar ne pouvait accepter de les voir
soutenir les forces qui menaçaient la seule démocratie du monde arabe: le Liban.
Il est alors retourné en Europe, puis à Paris, où il se trouve jusqu'à ce jour.
En 2005, une étude a été publiée sur Lafif Lakhdar à Beyrouth et à Amman sous le titre L'Avocat du Diable (Etude de la pensée de Lafif Lakhdar). L'auteur, Dr Shaker Nabulsi, un penseur politique américano-jordanien, explique qu'il a emprunté ce titre à l'un des articles de Lakhdar où ce dernier se définit comme étant l'avocat du Diable, expliquant qu'il est non seulement prêt à mettre à l'épreuve le bon sens commun, mais qu'il est tout aussi disposé, dans sa perpétuelle quête de vérité, à mettre à l'épreuve ses propres convictions.
"L'éducation arabo-islamique
transforme le pacifique en agressif et l'agressif en terroriste."
La vision qu'a Lakhdar
de l'islam et des musulmans d'Europe découle de sa conception du rapport entre
religion et Etat d'un part, et de sa conviction de la nécessité de réformer
l'islam de l'autre. Une intervention lue à sa place au colloque organisé par la
Fondation de la modernisation de la pensée arabe, tenu à Beyrouth du 30 avril au
2 mai 2004, résume bien sa position en matière d'éducation religieuse. Cette
intervention était consacrée essentiellement à la nécessité de réformer l'éducation
générale dans le monde arabe - et plus particulièrement l'éducation religieuse.
La réforme de l'éducation est au coeur de la pensée de Lafif
Lakhdar. Paraphrasant Jean Piaget qui affirmait que
l'école française transforme le génie en doué et le doué en médiocre, Lakhdar affirme que l'éducation arabo-musulmane
- à l'exception du système éducatif tunisien - transforme le pacifique en
agressif et l'agressif en terroriste.
Selon Lakhdar,
si les élites arabo-musulmanes ont opté pour ce type
d'éducation religieuse, la raison est qu'elles cherchent à compenser, en vain,
une légitimité déficiente qu'elles auraient pu avoir grâce aux réalisations
sociales et démocratiques, par une éducation islamique, archaïque et
irrationnelle.
Pour Lakhdar,
la laïcité est le fondement de toute société saine. Elle en est une condition nécessaire
mais pas suffisante. Il définit la laïcité comme la séparation de la religion
et de la politique, distinguant dans le monde musulman trois types d'Etats: l'Etat
théocratique, l'Etat laïque et l'Etat en voie de laïcisation. Si l'Etat théocratique,
dit Lakhdar, était partout présent dans la chrétienté
du Moyen-Âge, il n'en reste aujourd'hui que le Vatican. En revanche, les théocraties
musulmanes sont légion: la République islamique d'Iran, l'Arabie saoudite, le
Soudan et jusqu'en 2002, l'Etat taliban en Afghanistan. La plupart des autres
Etats musulmans sont cependant en voie de laïcisation.
"Un Etat en voie de laïcisation",
selon Lakhdar, est un Etat qui,dans
les faits, applique certaines pratiques laïques alors que sa constitution
stipule que la Sharia (loi islamique) est la première
source de législation (…) Dans cet état de transition, les femmes et les non-musulmans sont des citoyens de seconde zone et parfois
sont au degré zéro de la citoyenneté. Ainsi, une femme n'a pas le droit de prétendre
à la magistrature suprême, ni même à aucun ministère de souveraineté. La cause
en est que dans de nombreux Etats musulmans, les femmes sont encore considérées
comme des mineures à vie, et selon un hadith, elles sont "faibles de
raison et de religion". Les citoyens non musulmans sont encore, dans les
faits, assujettis au statut de dhimmis…"
Comme le reste de l'humanité, les
musulmans sont condamnés à embrasser la modernité et donc la laïcité.
Selon Lakhdar,
les pays arabes et musulmans ne pourront échapper à la laïcité. L'histoire tend
vers la laïcité. Celle-ci, en effet, caractérise la modernité politique. Comme
le reste de l'humanité, les musulmans sont condamnés à adopter la modernité et
donc la laïcité.
"La séparation entre le sacré et
le profane est une conséquence de la modernité. Plus nous remontons le cours de
l'histoire, plus les cas de séparation de ce type sont rares, la règle étant
que le sacré et le profane sont confondus, notamment au sein des tribus
primitives.
L'esclavage psychologique des
islamistes à l'égard de leurs ancêtres (du Prophète, de ses Compagnons et de
leurs disciples) ne paralyse pas moins leurs esprits que le culte des ancêtres
celui des tribus primitives. La raison divine héritée des ancêtres est tout,
tandis que la raison humaine n'est rien (…)
Jusqu'à présent, la laïcité n'a pas réussi
à faire son chemin dans le monde arabe, essentiellement parce que l'islam n'a
pas encore connu la réforme religieuse nécessaire, contrairement au judaïsme et
au christianisme en Europe occidentale. Seule une religion réformée est une
religion moderne apte à accepter la séparation de la religion et de l'Etat et à
se confiner au spirituel, l'Etat étant exclusivement en charge du profane.
La lâcheté des élites politiques
constitue la deuxième raison de l'échec de la laïcité dans le Monde arabe. Bien
que l'islam n'ait pas été réformé en Turquie, (…) le musulman Kemal Atatürk a
aboli le Califat ottoman, sur les ruines duquel il a érigé un Etat sûr et fier
de son identité laïque."
Lakhdar
insiste sur le rôle du dirigeant Kemal Atatürk, qui a extirpé son pays d'un régime
moyenâgeux pour le faire entrer de plein pied dans la modernité. En d'autres
termes, Lakhdar laisse entendre que les pays arabes
se porteraient mieux si leurs dirigeants avaient le courage d'instaurer des régimes
laïques, à l'instar de Kemal Atatürk. Nous constatons ici le double rôle de Lakhdar: d'une part, c'est un observateur érudit de l'histoire
des hommes, qui constate que les sociétés humaines se dirigent inéluctablement
vers la laïcité ; et de l'autre côté, c'est un réformiste passionné pressé d'assister
de son vivant, à l'avènement de la laïcité et critiquant durement les
dirigeants arabes qui ne choisissent pas la voie du progrès.
La laïcité n'est pas anti-religieuse
Lafif Lakhdar récuse l'opinion qui veut que la laïcité d'être irréligieuse.
Il qualifie d'ignorants ou de rusés ceux qui répandent de par le monde
islamique cette mystification - comme le font la majorité des islamistes. La
France laïque, par exemple, non seulement n'interdit pas la construction de
mosquées sur son sol, mais elle a construit en 1921 la Grande mosquée de Paris
en hommage aux musulmans nord-africains victimes de la Première guerre mondiale.
Alors que l'Iran islamiste interdit à ses citoyens sunnites de construire leurs
propres mosquées à Téhéran.
De même, il affirme que rien n'empêche
l'Etat laïque de permettre le choix d'un enseignement religieux, si celui-ci a été
réformé. Pour que l'enseignement religieux soit modernisé et réformé, il faut
que "l'élève doit étudier la religion à l'aide des sciences modernes: l'histoire
comparée des religions, la sociologie des religions, la psychologie,
l'anthropologie religieuse, la linguistique, l'herméneutique et la philosophie -
ceci afin de développer la pensée critique des générations futures.
En Tunisie", explique-t-il, "les
étudiants de l'université religieuse Al-Zaytouna
apprennent la philosophie islamique et la philosophie moderne tout au long de
leur cursus universitaire. Rien de tel que la philosophie et les sciences
humaines pour immuniser les jeunes générations contre la propagande politico-religieuse
islamiste. L'éducation religieuse moderne réformée n'est pas seulement
souhaitable pour l'Etat laïque dans la région arabe et islamique, c'est une nécessité."
Une telle éducation constituerait, selon lui, un antidote à l'extrémisme
religieux.
Lafif Lakhdar souligne que la laïcité n'implique pas de rupture
avec l'islam. S'il est vrai qu'elle implique en effet une rupture avec
l'autocratie et la théocratie dans le monde musulman, elle permet de revenir à d'autres
facettes de l'islam, comme la théologie rationaliste des Mu'tazila,
pensée philosophique musulmane qui soumet les textes saints à l'interprétation
humaine, et le soufisme - ou mysticisme islamique.
Lakhdar, laïque bon teint, ne nie pas que la religion ait un rôle à jouer dans la vie moderne, tant qu'il s'agit d'une religion individuelle, limitée au domaine privé, résultant de la volonté des individus. Il affirme avoir de l'admiration pour l'expérience mystique en règle générale, et plus particulièrement pour les écrits du grand mystique musulman de l'époque médiévale, Muhyi al-Din Ibn al-Arabi. En cela, Lakhdar me rappelle le Nobel égyptien de littérature Naguib Mahfouz.
Les musulmans européens doivent
s'intégrer aux sociétés européennes et adopter les valeurs culturelles modernes
Dans un récent entretien, Lafif Lakhdar a résumé sa
position face au problème crucial de l'intégration et du multiculturalisme
auquel sont confrontés l'Europe et les musulmans d'Europe: "Il existe deux
tendances contradictoires de l'islam en Europe. La première, culturaliste, met
l'accent sur l'indépendance culturelle des musulmans, prône l'éloignement des
sociétés européennes et la préservation de toutes les coutumes islamiques - y
compris celles qui entrent en contradiction avec les valeurs universelles prédominantes
dans les sociétés actuelles, notamment européennes. L'autre tendance, à laquelle
j'appartiens, prône le contraire: elle encourage l'intégration culturelle des musulmans
européens aux sociétés européennes et l'adoption des valeurs culturelles
universelles de l'Europe, afin de moderniser leurs valeurs traditionnelles, qui
pour la plupart ne sont pas adaptées aux exigences de notre temps.
Cette nécessaire intégration ne
signifie nullement le renoncement des musulmans à leurs valeurs spirituelles,
mais uniquement aux coutumes contraires à la Déclaration universelle des Droits
de l'Homme et aux conventions internationales pertinentes…"
Lakhdar
estime que la première de ces deux tendances, qui pourrait être appelée "communautariste",
est majoritaire parmi les musulmans de France et d'Europe. Ses adeptes refusent
de parler de "musulmans européens", préférant l'expression "musulmans
en Europe", afin de souligner l'incompatibilité des identités culturelles
européenne et musulmane, tandis que Lakhdar parle
volontairement d'"Islam européen".
Selon Lakhdar,
la forte influence des islamistes sur les musulmans d'Europe est à imputer à la
connivence des médias - non seulement des médias arabes, mais aussi des médias
français et européens, qui privilégient les adeptes d'une vision communautaire -
tels que Tariq Ramadan -, ignorant complètement les
nombreux intellectuels arabes favorables à l'intégration (tels Taher Ben Jelloun, Mohammed Arkoun, Fethi Benslama,
Malek Chebel et Lafif Lakhdar lui-même ainsi que beaucoup d'autres). Le flux des
pétrodollars donne du poids aux ennemis de l'intégration, leur permettant de créer
leurs propres médias, de publier des traductions de théologiens obscurantistes
en langues européennes, tels Youssef Qaradhawi et le
fameux Ibn Taymiya, et de dépêcher des prédicateurs
islamistes dans toutes les banlieues sensibles à forte population musulmane.
Un autre facteur joue en faveur de la
tendance islamiste anti-intégrationniste: l'attitude des intellectuels libéraux
occidentaux. Lakhdar évoque le problème en ces termes:
"Comment se fait-il que certains intellectuels européens et médias anglais
et américains appuient la tendance musulmane communautariste ?"
Il propose la réponse suivante:
"La première explication: la démagogie
politicienne: quand la droite est au pouvoir, qu'elle adopte une décision ou
une position donnée, la gauche, c'est-à-dire l'opposition, adopte
automatiquement la position inverse, tout simplement pour se différencier de la
droite.
Deuxième explication: le sentiment de
culpabilité (né du colonialisme européen)… qui paralyse la pensée critique de
nombreux intellectuels européens les pousse à soutenir (les exigences des
islamistes pour que les jeunes filles portent) le hijab à l'école ou à accepter
que les musulmans abattent des moutons dans leurs salles de bain à l'occasion
de la fête musulmane du sacrifice, ou encore le droit des familles musulmanes à
pratiquer l'excision."
Lafif Lakhdar qualifie de "pathologique" cette démarche
motivée par un sentiment de culpabilité névrotique.
"La troisième explication: le
relativisme culturel, encore plus dangereux que les deux premiers facteurs,
puisqu'il provient d'une conviction philosophique qui prédomine en Europe et
dans le monde occidental." Que dit le relativisme culturel ? Lakhdar proteste: " 'Tout se vaut', donc toutes les
cultures se ressemblent et se valent, celles qui abolissent la peine d'adultère
et celles qui lapident la femme à mort pour adultère !"
Lakhdar
s'indigne:
"Un esprit sain accepte
l'existence de valeurs universelles telles que les Droits de l'Homme ; faute de
quoi toute société risque de devenir une société darwinienne, dont la devise
est 'que le plus fort gagne', et le monde reviendrait à l'état de nature selon
Hobbes, où règne la loi de la jungle."
Lakhdar
explique que la base théologique de la démarche communautariste est la doctrine
islamiste d'al-wala w'al-bara'.
Celle-ci affirme que les musulmans ne doivent s'allier qu'avec des musulmans et
ne se montrer loyaux qu'envers des musulmans, qu'ils devraient manifester leur
animosité à l'encontre de tous les non musulmans, les juifs et les chrétiens
notamment. Le port du hijab, cher aux islamistes, est l'une des expressions de
cette doctrine: les fidèles doivent être aussi différents que possible des
Juifs et des chrétiens, y compris dans le détail vestimentaire, d'où l'obligation
du port du voile musulman, comme le souligne déjà Qaradhawi.
Lakhdar estime que le hijab, en Europe comme dans les
pays musulmans, est une manifestation claire de l'assujettissement,l'infériorité
et l'humiliation des femmes - une attitude qu'il convient de changer pour
faciliter l'intégration culturelle des musulmans d'Europe, et par la même occasion
permettre le progrès des sociétés musulmanes.
Lakhdar désapprouve
les critiques adressées au gouvernement français au sujet de la loi interdisant
le port du hijab dans les écoles. Il note que les détracteurs de la politique
française font comme si celle-ci avait totalement interdit le port du voile - ce
qui n'est, bien sûr, pas le cas, l'interdiction ne s'appliquant qu'aux écoles. Selon
Lakhdar, le port du voile dans les écoles est une
forme de propagande religieuse et devrait en effet être interdit. Il s'agit également
d'une provocation cynique: les Français ont, déjà depuis 1905, sorti l'église
de leur école ; un siècle plus tard, une minorité de musulmans de France veut
faire entrer sa mosquée dans l'école laïque de la République !
Conclusion
La vision qu'a Lafif
Lakhdar de l'islam en Europe est ancrée dans les
valeurs universelles qu'il a faites siennes: valeurs d'humanisme, de libéralisme,
de démocratie, lesquelles exigent l'égalité entre l'homme et la femme et le
refus de la discrimination religieuse et ethnique. Il ne cache pas qu'il considère
les sociétés européennes de loin plus avancées dans ce domaine que les sociétés
arabes musulmanes ; il estime donc que le monde musulman devrait s'inspirer du
modèle européen. C'est pourquoi il est entièrement favorable à la pleine intégration
des musulmans à la société européenne. Dans un récent entretien, il propose une
référence intéressante: il conseille aux musulmans d'adopter le principe
talmudique de dina d'malkhuta
dina, ("la loi du pays est celle qui doit être
suivie") comme devise pour les minorités islamiques d'Europe - une démarche
bien osée de sa part. Dans la forme comme dans le contenu, il apparaît donc que
Lafif Lakhdar représente
une voix courageuse et originale de la pensée contemporaine arabe - un réformiste
qui ne cherche en aucune façon à justifier les pratiques islamiques qui sont en
contradiction avec les valeurs universelles des droits de l'Homme.
(Conférence donnée le 10 décembre 2006 à la Conférence internationale sur "L'islam en Europe", à l'Université hébraïque de Jérusalem).
http://memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA31407