8 November 2006

 

 

 

 

 

Syrie - Pèlerinage très politique à Sayida Zaynab

Mohamed Al-Akhdar

 

A la faveur de l’alliance avec l’Iran, le faubourg de Damas où est enterrée la petite-fille de Mahomet est devenu un lieu où affluent les chiites. Depuis la chute de Saddam Hussein, les Irakiens y viennent en nombre.

    

Mohamed est un jeune Irakien qui vit à Sayida Zaynab depuis dix ans, après avoir fui le régime de Saddam Hussein. Sa famille possède une maison dans ce faubourg situé à 7 kilomètres au sud-est de Damas, où les loyers sont aussi élevés que dans les quartiers les plus huppés de la capitale. Il est aussi propriétaire de sa propre échoppe dans le souk des Irakiens, donnant sur une immense place poussiéreuse, où les marchands irakiens revendent des produits bon marché de leur pays, tels que le cuir ou les dattes.

Ce marché a pris son essor bien avant la chute de Bagdad, en avril 2003, mais il a aujourd’hui de telles dimensions qu’il concurrence ceux du centre de Damas. Le coût d’un emplacement en face du mausolée de Sayida Zaynab s’élève maintenant à environ 300 000 livres syriennes [4 700 euros] pendant les mois d’été, tandis que la location d’un appartement dans les environs de ce mausolée coûte entre 1 500 et 2 500 livres syriennes par jour [de 24 à 40 euros].

Quelque peu gêné par le brouhaha de la foule qui se presse sur la place, Mohamed explique que le nombre de visiteurs irakiens est en constante augmentation, non plus pour fuir la dictature ou pour vendre des dattes, mais pour faire le pèlerinage au mausolée de Sayida Zaynab, petite-fille de Mahomet [et fille d’Ali, quatrième calife et figure fondatrice du chiisme].

D’emblée, ce quartier fait penser à une ville irakienne : l’accent et le physique des habitants, les restaurants, qui servent toute sorte de mets irakiens, ou encore les femmes toutes de noir vêtues. Mais on y rencontre aussi des [pèlerins chiites] iraniens, libanais, bahreïnis et pakistanais. Selon le maire, Adel Anouz, le nombre de pèlerins avoisine le million chaque année, ce qui a complètement bouleversé la structure sociale de la ville. Toujours selon M. Anouz, elle abrite désormais 150 000 habitants, sans compter ceux du camp de réfugiés palestiniens situé à proximité. Bon nombre de ses concitoyens se sont reconvertis dans les services aux pèlerins pieux et pauvres ou travaillent dans les agences de voyages. D’autres ont réalisé des gains considérables en louant des appartements. C’est surtout la population originaire de ce quartier qui en a profité.

 

Tout le monde veut profiter de l’afflux des touristes

 

Mais il y a aussi les autres, les réfugiés palestiniens, dont le camp se distingue par ses maisons insalubres bien qu’il se situe à proximité de la zone commerciale, et les exilés venus du Golan en 1967, dont le nombre est estimé à 12 000. Les familles vivant à la périphérie du quartier, et initialement exclues des bénéfices du tourisme religieux, tentent néanmoins de s’en sortir. C’est le cas notamment d’Abou Yassine, qui a installé sa famille pendant un mois sur le toit de sa modeste maison pour pouvoir louer les chambres à une famille irakienne. D’autres se débrouillent pour obtenir auprès de la mairie un emplacement stratégique sur un trottoir afin de vendre des bricoles aux pèlerins. Tous attendent l’été – la saison la plus juteuse, qui voit arriver les touristes originaires des pétromonarchies du Golfe.

Selon Abou Samer, âgé de 48 ans, qui a réussi dans les affaires en s’associant à des marchands de tissu iraniens, l’essor de la ville grâce au tourisme religieux relève du pur hasard. “Lorsque les réfugiés originaires du Golan sont arrivés ici, après la guerre de juin 1967, il n’y avait dans la région que des fermes et des vergers. Le terrain y était très bon marché, et personne ici n’imaginait que ce mausolée pouvait attirer autant de monde. Tout cela n’a changé qu’au milieu des années 1980. C’est alors seulement que les Iraniens ont découvert l’intérêt qu’il y avait à développer le tourisme religieux de masse à cet endroit”, explique-t-il. C’est d’ailleurs à cette époque que l’Iran et la Syrie ont commencé à mettre en place leur alliance régionale autour du soutien au Hezbollah libanais, lui aussi chiite. 

 

Al Hayat

 

http://www.courrierinternational.fr/article.asp?obj_id=67610#

 

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