![]()
29
Novembre 2006
«
Quel Etat pour le Liban ? »
Nada Ghosn
L’association R.D.L., Rassemblement
pour la démocratie au Liban, a organisé dans le cadre de ses activités visant à
promouvoir la démocratie et la laïcité au Liban, son troisième colloque, le
samedi 25 novembre à Paris au Sénat. Trois interventions y ont été faites
autour du thème : « Quel Etat pour le Liban ? ».
M. Ahmad Beydoun,
Professeur à l’Université libanaise et chercheur en sociologie politique, a
abordé cette problématique sous l’angle de la question du consensus et de l’arbitrage
dans le système libanais de gouvernement. En effet, après avoir remis en
question le principe se trouvant à la base de la formule politique libanaise,
selon lequel l’ordre politique et les institutions de l’Etat doivent refléter
fidèlement la carte socio-communautaire du pays, il a
remarqué que le caractère confessionnel du droit individuel et du droit du
citoyen, de même que certaines clauses de la Constitution libanaise sont en
contradiction avec la Charte des Droits de l’Homme. Le principe de consensus
appliqué par les représentants politiques des communautés et présent de façon
tacite dans le fonctionnement de toutes les institutions étatiques du pays a été
accru depuis la guerre civile et a donné lieu à phénomène de monopartisme
communautaire ainsi qu’à la naissance de « communautés politiques », sans que
le Président ne puisse jouer le rôle d’arbitre qu’il possédait autrefois. Ainsi,
le Pr. Ahmad Beydoun voit la sortie du
communautarisme, l’application de l’accord de Taef et
la formation d’une commission nationale, comme seules issues pour mettre fin
aux conflits intérieurs libanais.
Maha Yahia,
chercheuse en sociologie politique, a traité un élément très particulier de l’imaginaire
politique au Liban, qui constitue un point important et peu abordé, celui de
savoir s’il doit y avoir une ou plusieurs mémoires et comment ces mémoires
peuvent exister. En effet, pour elle, la mémoire et la représentation jouent un
rôle capital dans la réconciliation nationale en période d’après-guerre et de
reconstruction. Cette question se pose avec acuité depuis les manifestations du
14 mars où, sous la bannière de l’opposition politique, la priorité des
participants était nationale. Dans l’état actuel des choses, la représentation
publique des groupes politiques, de même que la plupart des affaires publiques
et privées, sont assumées par des autorités à la fois politiques et religieuses.
Selon Maha Yahia, seules des institutions séculaires
peuvent aider à dépasser ce problème de représentation. Dans une période d’après-guerre,
les lieux comme l’identité nationale doivent faire l’objet d’une reconstruction.
Hazem Saghié, journaliste indépendant, a déclaré que depuis l’assassinat de Rafiq Hariri, les différentes communautés libanaises ne divisent plus seulement le ciel, mais aussi la terre. En effet, le peuple libanais n’a jamais été aussi uni et aussi morcellé qu’aujourd’hui. Qui est ami ? Qui est ennemi ? La définition de ces notions est devenue contradictoire et reflète deux modèles de patriotisme. Les évènements qui ont lieu en Irak renforcent la tentation communautaire au Liban qui, au lieu d’être pensé comme une patrie, est devenu une arène de guerre. Pour Hazem Saghié, la situation ne s’explique pas seulement par la politique de force des Etats-Unis et d’Israël car il est douteux que Damas veuille effectivement récupérer le Golan. Le Liban se trouve dans l’impossibilité de s’unir et dans l’impossibilité de se séparer. Il reste en suspension entre deux et certains utilisent cette neutralité comme une accusation de traîtrise. Dans ce contexte, la résistance est avancée comme pour camoufler l’impossibilité d’affronter le problème : celui de l’absence d’un Etat au Liban, qui permettrait d’instaurer un système de régulation de la vie économique et de réduire les conflits.