![]()
18
Juillet 2006
Jacques Chirac et George W. Bush veulent
neutraliser le Hezbollah
Natalie Nougayrède
En
envoyant Dominique de Villepin à Beyrouth, lundi 17
juillet, Jacques Chirac a voulu faire un geste politique fort pour rappeler, au
coeur de la crise au Proche-Orient, toute la spécificité de la relation franco-libanaise
et exprimer aussi son attachement personnel au Liban. A Beyrouth, M. de Villepin s'est entretenu avec le premier ministre libanais,
Fouad Siniora. Il a exprimé "la solidarité de la
France" avec les Libanais, et a appelé à "une trêve humanitaire immédiate".
Ce
voyage a été décidé dimanche après-midi par M. Chirac, alors que les dirigeants
du G8 mettaient la dernière main, à Saint-Pétersbourg, à un texte de déclaration
commune appelant à la fin des hostilités au Proche-Orient. Il n'a été annoncé que
lundi matin, afin de préserver un effet de surprise.
Le
président français était arrivé à Saint-Pétersbourg avec la conviction que la dégradation
de la situation au Proche-Orient serait au cœur du G8. Lors de son entretien
avec George Bush, la conversation a tourné entièrement autour du thème du Liban.
M. Chirac a fait observer au président américain qu'il fallait envoyer des
secours humanitaires à ce pays, et il a ajouté qu'en matière d'aides financières
aux Palestiniens, il faudrait aller plus loin. M. Bush a acquiescé.
M.
Chirac a adopté une approche en deux temps : obtenir qu'un appel soit lancé à Israël
et aux autres parties du conflit pour une fin des hostilités, et s'appuyer sur
le travail effectué depuis 2004 avec les Américains sur la résolution 1559 du
Conseil de sécurité de l'ONU. Ce texte appelle au désarmement de toutes les
milices au Liban et vise à restaurer la pleine souveraineté du pays.
Les
résultats de cet effort commun franco-américain ne doivent pas être dilapidés,
juge Jacques Chirac. Dans ses déclarations à Saint-Pétersbourg, le président
français s'est attaché non pas à formuler des accusations contre Israël, mais à
insister sur la nécessité d'aider le gouvernement libanais à rétablir son
autorité sur les régions dominées par le Hezbollah. Il n'a pas réitéré les
propos qu'il avait tenus quelques jours auparavant sur un usage "disproportionné"
de la force par Israël.
L'envoi
de Dominique de Villepin à Beyrouth, explique-t-on côté
français, ne relevait pas d'un mouvement d'humeur visant à signifier un mécontentement
face à une attitude américaine trop conciliante à l'égard d'Israël, qui
poursuit ses opérations militaires au Liban. Ce voyage relevait de considérations
franco-libanaises, bâties sur une histoire commune. Il visait à coïncider avec
les opérations d'évacuation de ressortissants français, et à appuyer le message
du G8.
Jacques
Chirac est arrivé à la conviction qu'aucun gouvernement démocratique ne sera
viable au Liban, ni capable d'exercer sa souveraineté sur tout le territoire,
s'il n'est pas mis fin à la capacité de nuisance du Hezbollah. La France veut
travailler à renforcer le gouvernement de Fouad Siniora,
un homme que le président français connaît par ailleurs personnellement peu, en
comparaison avec l'amitié étroite qui le liait avec l'ancien premier ministre
Rafic Hariri, assassiné en février 2005 à Beyrouth.
La
France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont travaillé de concert pour que le G8
aboutisse à une déclaration sur le Proche-Orient. Les Russes étaient réticents,
estimant que le G8 n'était pas l'enceinte appropriée. L'équipe de M. Poutine
craignait aussi que la Syrie, avec laquelle la Russie veut entretenir des
relations privilégiées, soit mise sur le banc des accusés. C'est en grande
partie sur insistance russe que ni la Syrie ni l'Iran ne sont mentionnés dans
la déclaration.
Pour
sa part, Jacques Chirac ne parle plus au président syrien Bachar
Al-Assad, en qui il avait placé, un temps, des
espoirs, mais qu'il tient pour responsable de la montée des périls au Liban.
Le
Monde
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-734511,36-796391@51-759824,0.html