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22
Juillet 2006
L’arsenal qui menace l’État hébreu
RENAUD GIRARD (à Tel-Aviv)
LES
STRATÈGES israéliens se demandent pourquoi le Hezbollah n’a pas encore utilisé les
missiles Zelzal à longue portée (plus de 200 km) que
l’Iran lui a livrés ces dernières années. Le Zelzal (qui
signifie en arabe « tremblement de terre ») est un missile porté sur camion. C’est
un missile tactique à carburant solide : il peut être tiré très rapidement car
il ne nécessite pas de phase de préparation comme les missiles à carburant
liquide, lesquels doivent être alimentés juste avant leur lancement.
À
la différence des roquettes Katioucha ou Grad, qui
sont tirés après un simple calcul trigonométrique de trajectoire, les missiles Zelzal disposent d’un système de guidage intégré. Il s’agit
bien sûr d’un système encore fruste, fondé sur une centrale à inertie de
conception ancienne, alors que les missiles de fabrication occidentale
jouissent d’un guidage sophistiqué par satellite. Il n’en demeure pas moins que
ces missiles Zelzal pourraient très bien, un jour,
atteindre Tel-Aviv, la capitale économique de l’État d’Israël.
Mercredi
dernier, un bombardement aérien israélien a touché un camion porteur de Zelzal, alors qu’il quittait son lieu d’entrepôt camouflé dans
une zone située directement au sud de Beyrouth. La chaleur dégagée par l’explosion
a fait partir le missile vers le ciel, qui s’est peu après écrasé en territoire
libanais. L’état-major de Tsahal s’est demandé pourquoi
le Hezbollah, qui sait que le territoire libanais est en permanence observé par
les satellites espions israéliens, avait pris le risque d’organiser un
transport de Zelzal en plein jour. Est-ce parce que
la milice islamiste ne jugeait plus sûr son lieu de stockage ? Ou est-ce parce
que le Hezbollah souhaitait le transférer au plus tôt vers le sud, là où sa
portée lui aurait permis de menacer Tel-Aviv ?
Stratégie
décalée de « surprises » médiatiques
À tort ou à raison, les stratèges israéliens
estiment que l’Iran n’a pas encore donné son feu vert à l’utilisation des Zelzal, missiles gardés en réserve pour le cas où Israël
envisagerait de bombarder l’usine iranienne d’enrichissement d’uranium de Natanz. Les milieux militaires israéliens estiment que Nasrallah, le leader du Hezbollah, aurait préféré conserver
la basse intensité du conflit l’opposant à Israël depuis mai 2000, date du
retrait unilatéral de Tsahal du Liban-Sud.
Ne
pouvant rester sans réagir face à l’offensive aérienne israélienne de grande
envergure, Nasrallah aurait adopté une stratégie décalée
de « surprises » médiatiques (un jour, c’est l’attaque d’une corvette israélienne,
un autre, c’est une apparition à la télévision après la destruction d’un bunker
où il était censé résider, etc.), lui permettant d’apparaître, aux yeux de la
rue arabe, victorieux à intervalles réguliers.
Mais
Tsahal n’exclut pas l’hypothèse que Nasrallah ordonne des tirs de Zelzal
sur Tel-Aviv, le jour où il sentirait sa milice proche de l’anéantissement
militaire. Le calcul du leader chiite serait alors le suivant : que la
population israélienne fasse pression sur son gouvernement pour négocier un
cessez-le-feu immédiat.
Le Figaro
http://www.lefigaro.fr/international/20060722.WWW000000010_larsenal_qui_menace_letat_hebreu.html