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21
Juillet 2006
L'état hébreu se prépare à un long
conflit
Renaud
Girard
COMME ils l'avaient fait pour l'armée égyptienne
à la veille de la guerre surprise du Kippour (octobre 1973), les stratèges israéliens
ont commis l'erreur de sous-estimer la détermination et la capacité militaire
de leur dernier ennemi arabe bien organisé présent à leurs frontières, le
Hezbollah. Les conséquences de cette désinvolture arrogante de l'establishment
militaire, critiquée par maints éditorialistes de la presse israélienne, ont été
cruellement ressenties sur le terrain.
Ce fut d'abord l'humiliation de se
voir enlever deux soldats par le Hezbollah, le 12 juillet, sur le front nord,
alors que le gouvernement se débattait déjà dans une crise majeure, provoquée
par l'enlèvement d'un soldat par le Hamas, le 25 juin, sur le «front sud» de la
bande de Gaza.
Ce fut ensuite la perte de quatre
marins sur la corvette lance-missiles ultramoderne Hanit,
touchée le vendredi soir suivant par un missile mer-mer guidé par un radar
sophistiqué. Les officiers de la marine israélienne n'avaient pas imaginé que
le Hezbollah pût être doté d'un tel missile C-802 Noor,
de conception et fabrication iranienne. Le commandant du Hanit,
vaisseau qui participait ce soir-là au blocus des côtes libanaises, et croisait
au large de Beyrouth, n'avait pas jugé utile d'activer son système de défense antimissiles !
Humiliations tactiques
Ce fut enfin, avant-hier, la perte de
deux soldats des forces spéciales qui assuraient, en territoire libanais, dans
la localité de Maroun Ras (sud-est de la ville de Bint Jbail), la protection d'unités
du génie israélien procédant à la destruction de bunkers du Hezbollah. Cette
zone quasi frontalière avait pourtant subi, pendant une semaine entière, les
bombardements des avions de Tsahal ainsi que des
obusiers de 155 mm déployés sur les lignes arrière. Malgré sa puissance, le déchaînement
à distance du feu israélien n'a pas réussi à annihiler les unités mobiles du
Hezbollah. Ces dernières se contentèrent de demeurer à couvert pendant tous les
bombardements, pour passer à l'action dès que des soldats israéliens se présentèrent
à leur portée.
Ces petites humiliations tactiques,
subies par l'armée la plus moderne du Proche-Orient, n'ont pas modifié les
orientations stratégiques décidées par le cabinet israélien. Le Hezbollah est-il
encore plus fort qu'on le croyait ? Raison de plus pour s'en débarrasser
militairement. Les stratèges israéliens ont compris que la guerre serait plus
longue que prévu : le gouvernement de Jérusalem est disposé à donner à Tsahal le temps nécessaire pour «finir le travail», pour
reprendre une expression employée par le président George W. Bush.
Dans les jours à venir, l'armée israélienne
va poursuivre son action contre le territoire libanais dans deux directions. Premièrement,
ses unités du génie vont niveler une zone de deux kilomètres de large le long
de la frontière libanaise, de manière à donner à l'avenir une marge de
manoeuvre d'un quart d'heure aux gardes-frontières pour réagir à toute
tentative de pénétration des fantassins du Hezbollah.
Deuxièmement, les frappes
chirurgicales aériennes vont se poursuivre en profondeur dans le territoire
libanais, afin de détruire les stocks de missiles du Hezbollah. Les commandos
spéciaux, agissant en civil, vont être davantage mis à contribution. Ces soldats
d'élite sont entraînés à se camoufler en territoire hostile, afin de guider une
frappe aérienne sur une cible déterminée. Parallèlement, les services de
renseignement militaire vont tenter de réactiver leurs anciennes sources au
sein de la population libanaise.
Les militaires israéliens estiment
qu'une telle stratégie finira par payer. Bien sûr, ils savent qu'ils ne
parviendront jamais à annihiler complètement la milice islamiste chiite. Mais
ils pensent qu'ils réussiront à l'affaiblir suffisamment pour qu'elle ne soit
plus en mesure d'arroser, à l'aveugle, de ses missiles, le territoire nord
d'Israël. La mort, avant-hier, de deux enfants arabes israéliens de Nazareth,
tués par l'explosion d'une roquette du Hezbollah, montre que la milice
islamiste est incapable de diriger correctement ses tirs. Le Hezbollah utilise
ses missiles comme une arme politique et psychologique. Politique, afin de
montrer au monde arabe qu'il est le seul mouvement osant défier l'«entité sioniste».
Psychologique, afin de tuer le tourisme dans le nord d'Israël, terroriser la
population, et attirer Tsahal dans le piège d'une
longue guerre d'usure.
Le général Eiland, qui fut, sous Ariel Sharon, conseiller national pour la sécurité d'Israël, est confiant que son pays parviendra, avec l'aide diplomatique de la communauté internationale, à obtenir un arrangement global, parallèlement à un éventuel cessez-le-feu : «Application de la résolution 1559 sur le désarmement du Hezbollah ; reconnaissance mutuelle de la frontière israélo-libanaise ; coordination à la frontière entre Tsahal et l'armée libanaise ; arrêt du survol du territoire libanais par les appareils de Tsahal ; retour au Liban des anciens miliciens de l'ALS (pro-israéliens).» Quant aux deux soldats enlevés, le général n'exige plus leur libération immédiate, mais simplement leur transfert aux mains de l'armée libanaise.