16 Septembre 2006

 

 

 

 

La guerre de 33jours : A qui profite le crime?

Salam Hilal

 

Il est une règle en ce qui concerne les affaires criminelles, toujours se poser la question : à qui profite le crime?En l'occurrence à qui profite une attaque israëlienne au Liban,voire même plus,une invasion?

La première réponse et la plus évidente serait:Israël…Ainsi, d'un point de vue politique,cette attaque aurait due permettre à Ehud Olmert de se faire un nom par les armes(passage quasi-obligé pour un chef d'Etat israëlien),de montrer son intransigeance vis à vis du "terrorisme" et être par ailleurs une guerre fédératrice en ce sens qu'elle aurait due accroitre sa popularité(et donc la légtimité de son cabinet gouvernemental)et l'unité au sein d'une Nation où les schismes croissaient de jour en jour(cf la situation vis à vis des colonies), on peut cependant noter que M.Olmert s'est trompé de bout en bout sur ces quelques points,sa popularité est au plus bas et les clivages apparaissent de plus en plus marquées après cet "échec" de Tsahal.

D'un point de vue économique,la situation explosive risque de faire fuir les investisseurs(on murmurre déjà qu'Intel regrette d'avoir choisi Israël pour construire sa prochaine usine),mais les commandes de l'armée soutiendront suffisament une économie déjà sous perfusion nord américaine,du moins pour un certain temps…

Et pourtant un Etat qui doit user de la force montre que sa seule puissance ne suffit plus,qu'il n'effraie pas tant que ça et c'est là qu'Israël perd.Car cette sur-aggrésivité marque une sorte de perte de contrôle,alors même qu'elle était sensée couper l'herbe sous le pied à toute rébellion,elle apparaît comme mal jugée car elle permet aux "provocateurs" de détourner l'attention.

 

Les provocateurs sont au nombre de trois:le Hezzbolah;la Syrie;l'Iran.Leurs objectifs sont differents mais la façon de les atteindre passe par une seule et même voie:la guerre au Liban.

Fait sans doute paradoxal pour le Hezzbolah-qui se réclame comme un parti "libanais"-que de vouloir la guerre dans son pays…Et pourtant,par cette guerre il affirme deux choses,la première étant qu'il a toujours les moyens de taquiner Israël-tout au moins suffisament pour le faire réagir-,la seconde,il montre grâce à cette aggression israëlienne que sa milice reste indispensable car "l'ennemi sioniste" demeure une menace.Or l'armée libanaise étant quasi inexistante,qui apparaît comme le seul défenseur potentiel,préparé et armé?Le Hezzbolah

 

Ce calcul ne reste cependant vrai que tant que l'opinion libanaise n'est pas exaspérée par les dommages liés aux piques du Hezzbolah contre Israël,car dans ce cas la "rue libanaise" pourrait réclamer des comptes à celui-ci…et tant que la communauté internationale ne réagissait pas , or ce fut le cas, l'armée se déploit dans le Sud bientôt rejointe par la Finul marquant par la même un possible déclin de la toute puissance du Hezzbolah au Liban Sud, son fief . On peut y voir le début d'une perte de vitesse du Hezzbolah, abondant en ce sens , la Syrie tente de nous faire croire qu'elle veut maitriser les flux d'armes traversant son sol afin d'alimenter le "parti de dieu"

 

La Syrie,quant à elle,tend à démontrer qu'une telle aggression n'aurait pas été possible lorsqu'elle était présente au Liban,et ainsi que sa tutelle sur le petit frère libanais est indispensable,et peut ainsi se remettre à rêver d'une Grande Syrie.Plus terre à terre,le régime baasiste espère par ailleurs exposer sa force de déstabilisation dans la région ou encore sa force de "stabilisation" en essayant de s'imposer comme un interlocuteur de choix dans la région comme le montre la récente visite de Kofi Annan à Damas.Par ailleurs en déclarant vouloir cesser d'alimenter en armes le Hezzbolah elle tente de faire 2choses : la première a déjà été évoquée plus haut, quand à la seconde il s'agit de faire croire qu'elle se range du côté de la paix et donc du même coup qu'elle s'éloigne un peu de la provocation iranienne face à la communauté internationale. Malgré tout,du fait de son rôle "privilégié" auprès du Hezzbolah , elle a toujours une mauvaise image auprès des gouvernements occidentaux,comme le montre le fait que le président J.Chirac refuse tout contact avec B.Al Assad . En outre très peu de voix pour un retour syrien au Liban se sont élévées , et la Syrie ne jouit pas d'une véritable aura dans l'opinion publique libanaise.

 

L'Iran apparaît dès lors comme la grande gagnante de cette attaque israëlienne au Liban. Elle a montré son pouvoir de destabilisation dans la région tout en mettant en exergue les limites de la portée de l'action de Tsahal dans une guerre d'un nouveau type,qui se rapproche beaucoup plus d'une guerre de maquis .Elle a aussi pu détourner l'attention de manière provisoire de son programme nucléaire . Elle s'affirme de la même façon comme le principal interlocuteur de la région et tente même – ô comble de l'ironie – d'apparaître comme le seul sauveur des arabes face aux "assaults sionistes" .

 

Le Liban est donc le plus grand perdant dans ce conflit , il a été touché physiquement-de par les pertes civiles et les infrastructures détruites-,économiquement – une saison de tourisme perdue et des reconstructions à prévoir- , et aussi moralement – la fragile unité interconfessionelle a été mise en branle par l'action unilatérale du Hezzbolah qui a eu des retombées sur tous les Libanais - .

Cependant , d'aucuns pourraient trouver quelques bribes d'espoir , la réaction de la communauté internationale rassure , l'échec israëlien pourrait pousser l'Etat hébreux à y réfléchir à deux fois avant de s'en reprendre au Liban , le Hezzbolah n'agira peut-être plus comme un Etat dans l'Etat et on peut espérer que la tâche à accomplir par le peuple libanais tant pour reconstruire le pays que pour solidifier les bases de l'Etat le fédère autour d'un même projet : assurer une paix durable à l'intérieur et à l'extérieur du Liban .

Ainsi l'espoir subsiste et nous devons absolument nous y raccrocher pour espérer un autre moyen-orient que celui du"choc des civilisations", ceci passe par un redressement rapide du "rosier libanais",figure de proue de la démocratie dans la région, ce qui préfigurerait à une possible résolution au conflit israëlo-palestinien .

 

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