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25
Juillet 2006
Melhem
Chaoul : «Le pacte de confiance entre Libanais a été brisé»
Propos recueillis à Beyrouth
Sibylle Rizk
LE FIGARO. – La base populaire du
Hezbollah est l'une de ses forces. De qui est-elle constituée ?
Melhem
CHAOUL. – D'une grande majorité de la communauté chiite, située dans le sud du
Liban, la région de Baalbek, et la banlieue sud de Beyrouth. Il s'agit d'un
tissu social rural, plutôt pauvre, dans les deux premiers cas ; d'une classe
moyenne urbanisée dans le second. Le Hezbollah a surtout recruté ses
combattants à Baalbek, une zone formée de tribus assez bien rodées aux armes,
tandis que les cadres religieux et intellectuels du parti sont originaires du
sud, où l'élément culturel a toujours été très important.
Quelles sont les motivations de ce
soutien ?
Elles sont nombreuses, de la plus matérielle
à la plus idéologique. Le Hezbollah prodigue quantité de services, grâce à des
capitaux iraniens, selon un schéma proche de l'ossature des services sociaux de
la communauté maronite. Son modèle institutionnel est fondé sur le même
triptyque : écoles, hôpitaux et habitat. Au niveau idéologique, le Hezbollah a
réussi à cristalliser l'idéal de la lutte antisioniste qui a perdu, tour à tour,
tous ses champions nationalistes arabes. Enfin, il suscite une adhésion
religieuse et identitaire, centrée autour du chiisme et de l'Iran.
En quoi le Hezbollah est-il un État
dans l'État, comme l'en accusent ses adversaires ?
Toutes les grandes communautés sont
des États dans l'État. Ce n'est pas spécifique au Hezbollah. C'est le système
communautaire qui est ainsi. Les chiites étant les derniers arrivés, on les
remarque davantage. Ils ont commencé à emprunter l'ascenseur social de cette façon
dans les années 1960. Le Hezbollah a contribué à accélérer le processus. L'objectif
a toujours été de s'intégrer au consensus libanais, d'obtenir une part du gâteau.
Il n'a jamais été question véritablement de toucher à la vie sociale libanaise
en interdisant par exemple l'alcool. Il ne faut pas oublier que la Bekaa est
une région productrice de vin. En revanche, le Hezbollah est armé, ce qui le
différencie des autres et crée un déséquilibre.
En quoi la guerre en cours va-t-elle
modifier la perception du Hezbollah chez ses adversaires et chez ses partisans
?
Il est trop tôt pour évaluer l'impact
de la guerre sur l'état d'esprit de la communauté chiite. Une chose est sûre,
le Hezbollah n'a pas rempli son contrat qui était d'assurer la protection de la
population. Les chiites ont lourdement subi les conséquences inhumaines de
l'offensive. Le reste du Liban est exsangue. De ce point de vue, il est étonnant
de voir des militants répéter les mêmes slogans devant les caméras de télévision.
Peut-être que la culture de la martyrologie, spécifique au chiisme, prend le dessus.
Mais c'est aussi un fait que le Hezbollah a réussi à opérer le vide autour de
lui, à la manière des régimes arabes autoritaires. Il terrorise les chiites qui
ne lui sont pas acquis. Je connais plusieurs intellectuels qui ont émigré après
avoir reçu des menaces.
En ce qui concerne les autres
Libanais, ils avaient la parole du Hezbollah qu'il n'utiliserait pas ses armes
contre eux. Les conséquences de l'enlèvement des soldats israéliens ont définitivement
brisé ce pacte de confiance.
Ces divergences ne risquent-elles pas
de s'exacerber avec le problème des déplacés ?
Si, d'autant que la création d'une éventuelle zone tampon ne va pas régler le problème des armes du Hezbollah. Faute de solution, les autres communautés pourraient chercher aussi à s'armer. Jusqu'à présent l'échafaudage de la solidarité nationale a bien fonctionné. Mais la juxtaposition de populations qui n'ont aucune chance de s'intégrer va inévitablement créer des frictions.
* Melhem
Chaoul est professeur à l'institut des sciences
sociales de l'Université libanaise, consultant auprès d'instituts de recherches
en politologie. Il est l'auteur d'une étude sur la société libanaise face au
mouvement du 14 Mars (qui a suivi l'assassinat de Rafic Hariri en 2005).