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21
Juillet 2006
Sous les coups de boutoir de Tsahal, la milice chiite plie sans rompre
Sibylle Rizk
VU DE BEYROUTH, la stratégie choisie
par Israël, pour anéantir ou du moins affaiblir considérablement le Hezbollah,
paraît particulièrement hasardeuse. Certains Libanais, parmi les plus farouches
adversaires du «Parti de Dieu», entretiennent le secret espoir qu'elle réussisse.
Mais la plupart doutent des chances de succès de l'option militaire, dont
l'objectif politique est d'obtenir par la contrainte l'application de la résolution
1 559 de l'ONU, qui prévoit le désarmement de «la résistance islamique».
Israël a certainement les moyens de réduire
considérablement la force de frappe du Hezbollah, notamment en limitant sa
capacité à tirer des missiles longue portée, qui nécessite une organisation
logistique complexe. L'offensive a d'ores et déjà réduit en cendres une bonne
partie des établissements socio-éducatifs qu'il contrôle. Il se peut aussi
qu'il réussisse à éliminer son chef, Hassan Nasrallah,
ou des cadres importants du parti.
Neuf jours après le déclenchement des
hostilités, le «Parti de Dieu» manifeste toutefois une solide capacité d'endurance.
«Chaque roquette tirée sur Israël signale que son infrastructure fonctionne
encore», estime Nouhad Machnouk,
ancien conseiller du premier ministre assassiné, Rafic Hariri. «Il s'agit de
l'un des groupes armés les plus puissants du Moyen-Orient, il peut encore tenir
des mois», dit pour sa part Joseph Bahout, professeur
à Sciences po, selon qui le temps joue en la faveur
du Hezbollah : «Si une armée ne gagne pas elle perd, disait Kissinger, dans le
cas présent, si une guérilla ne perd pas, elle gagne.»
Quelle que soit l'issue militaire du
conflit, rien ne garantit que les objectifs politiques d'Israël seront
atteints, analysent les deux politologues. «Israël ne pourra pas obtenir la création
d'une zone à sa frontière avec le Liban», prédit Nouhad
Machnouk, selon qui, ni les conditions libanaises ni
les conditions régionales d'un tel scénario sont réunies. «L'Iran et la Syrie,
parrains du Hezbollah, n'accepteront pas une option qui reviendrait à changer
la nature du conflit en cours à travers le territoire libanais.» Si Israël veut
parvenir à ses fins, poursuit-il, il lui faudra alors «couper la profondeur
stratégique du parti de Dieu, c'est-à-dire s'en prendre aussi à la Syrie».
D'autre part, «le gouvernement libanais
promet certes d'étendre son autorité sur tout le territoire, mais on est loin
du concept de zone tampon destinée à protéger Israël !» souligne Nouhad Machnouk, précisant que la
configuration politique du Liban interdit à une partie d'imposer aux autres ses
options. C'est sur ce point particulier qu'achoppe depuis mars la conférence du
«dialogue national», rappelle-t-il.
Même si l'offensive israélienne
affaiblit militairement le Hezbollah, elle ne parviendra pas à réduire sa
dimension sociopolitique, argumente Joseph Bahout. Le
Parti a perdu des cartes majeures. Le soutien unanime dont il bénéficiait avant
la fin de l'occupation israélienne n'a cessé de se craqueler depuis mai 2000. Il
a désormais volé en éclats pour laisser la place chez ses adversaires
politiques, réunis au sein du mouvement dit du 14 Mars, à un ressentiment à la
mesure des pertes subies par le Liban tout entier. L'argumentaire développé autour
de sa capacité de dissuasion pour justifier qu'il conserve ses armes est aussi
tombé de lui-même. Mais le Hezbollah reste avant tout un parti libanais «et
personne ne peut imaginer de l'éloigner sur un bateau, comme les Palestiniens
l'ont été en 1982», à la suite de l'invasion du Liban par Israël, explique
Joseph Bahout. Et d'ajouter : Même si le Hezbollah
est conduit à conclure une trêve, «elle préparera le terrain à la résurgence de
la contestation radicale, tant que dureront les causes profondes de
l'opposition à Israël».