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14
November 2006
L'Algérie qui accueille Nicolas
Sarkozy est un pays en mal de réformes
Thierry Oberlé
La vie politique algérienne est
paralysée. Les dossiers les plus sensibles sont en suspens depuis plusieurs
mois sans explication convaincante. Le processus de recyclage des islamistes de
l'ex-Front islamique du salut (FIS) est à nouveau gelé. Après avoir ramené une
partie des anciens insurgés sur le droit chemin, Abdelaziz Bouteflika
ne sait plus que faire d'eux. Sous son impulsion, le tapis rouge a été déroulé sous
les pieds de Rabah Kebir, le patron du FIS à l'étranger
durant la guerre civile. De retour en Algérie, il a retrouvé Madani Mezrag, l'ex-chef de l'AIS, le
bras armé de l'ex-FIS, désormais rallié au régime. Il chante avec lui les
louanges de la réconciliation nationale. Sans renier le passé. Chassés par la
porte, Kebir et les siens reviennent seize ans plus
tard par la fenêtre. Ils pourraient renforcer les rangs du Front de libération
nationale (FLN), l'ex-parti unique, ou même fonder leur propre parti. Ces
projets sèment l'émoi dans le camp des éradicateurs qui les ont combattus dans
les années 1990. Et, pour ne rien arranger, la violence a repris. Des bombes
ont, pour la première fois depuis des années, à nouveau explosé à Alger tandis
qu'un élu d'opposition était assassiné en Kabylie. Les crimes sont attribués au
Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC),
un mouvement terroriste lié à al-Qaida. Composé d'irréductibles,
ce dernier a rejeté l'offre de reddition et de pardon présidentiel qui prenait
fin en principe en septembre. Ils seraient, selon les autorités, quelques
centaines retranchés dans des maquis montagneux. Rodés
par quinze ans de lutte antiterroriste, les forces de sécurité les disaient voués
à des opérations périphériques sans envergure. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a été pris de
court. Il affirmait qu'« on ne peut pas empêcher un terroriste de se rendre ».
Il doit maintenant muscler son
discours vis-à-vis des égarés du GSPC et appeler les anciens dirigeants du FIS à
la discrétion. Ces volte-face ont peu de chance de mettre fin aux obscures
tensions entre la présidence et l'establishment sécuritaire dans une Algérie
qui semble condamné à l'opacité et à l'immobilisme.
La dernière grand-messe du pouvoir
remonte maintenant au 4 juillet. En ce jour de fête de l'indépendance, le président
algérien était intervenu pour annoncer la tenue avant la fin de l'année d'un référendum
en vue d'amender la Constitution. ہ en croire les augures, la révision devait
donner au chef de l'ةtat les coudées franches pour proroger ses fonctions. Il était
question de supprimer la limitation du mandat présidentiel à deux exercices. ةlu une première
fois en 1999, Bouteflika s'est fait réélire sans
difficulté pour un second quinquennat en 2004. Une modification de la
Constitution lui permettrait d'entrer dans une logique de présidence à vie,
comme son voisin tunisien Zine el Abidine
Ben Ali. Bouteflika peut compter dans son entreprise
sur l'appui du FLN, l'ex-parti unique dont il contrôle l'appareil. Son secrétaire
général et actuel premier ministre Abdelaziz Belkhadem
ne peut qu'encourager l'initiative. Surtout si elle
lui permet d'accéder à la vice-présidence et de s'imposer le jour venu en héritier.
Le 4 juillet, Bouteflika
avait également pris soin d'élever au plus haut grade de l'armée le général
Ahmed Gaïd Salah, chef de l'état-major des armées, le
général Benabbès Ghaieziel,
son conseiller militaire au palais présidentiel d'el-Mouradia
sur les hauteurs d'Alger et bien sûr le général Mohammed Mediène,
dit Tawfik, inamovible patron depuis 1990 du Département
de renseignement et de sécurité (DRS), le tout-puissant bras politique de l'armée.
La récurrente épreuve de force entre le chef de l'ةtat et
les militaires donnait l'illusion de s'estomper.
Mais, quelques jours plus tard,
Abdelaziz Bouteflika disparaissait de la scène
publique. ةtait-il
à nouveau malade ? Soignait-il les séquelles de sa lourde opération à l'estomac
pratiquée en novembre 2005 à Paris ? Où était-il ? ہ Alger ? ہ l'étranger ? La vacance de la première
institution du pays alimentait les conversations. Les versions variaient d'un
jour à l'autre. Fidèles à sa culture du silence, le sérail se taisait. « Il a
droit comme tout le monde à un congé », lança le premier ministre Abdelaziz Belkhadem. En congé ? « Et si on l'avait mis en congé ? »,
se demanda la rue algérienne. Bouteflika réapparu
comme si de rien n'était sur le devant de la scène en septembre après 50 jours
d'absence. Puis le pays plongea dans la torpeur politique du mois de ramadan. Le
pays vaque depuis à ses occupations. Le président aux siennes.
Quant au référendum, il est renvoyé aux
calendes. « اa
va être difficile à organiser avant le 31 décembre », a prévenu voici quelques
jours son ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni. L'Algérie a pourtant l'habitude d'orchestrer des
votes taillés sur mesure. Si l'Algérie montait des élections au Burundi, le président
Zéroual serait automatiquement élu, disait une blague. Cette plaisanterie
circulait dans les années 90, en pleine insurrection islamiste. Elle est
toujours d'actualité. Alors, pourquoi un report ?
L'hypothèse d'un veto ou du moins de
fortes résistances des « réseaux de l'ombre » à une présidence à vie est la
plus probable. Depuis le reflux de la guérilla, les militaires ont pourtant
regagné leurs casernes. Les plus anciens galonnés sont à la retraite et
s'enrichissent grâce au boom de la rente pétrolière. Mais le DRS - l'ex-Sécurité
militaire - veille. Dans ce pays de rumeurs, les milieux bien informés considéraient
qu'il avait passé un accord avec Bouteflika pour
assurer sa réélection en 2004. Le projet de révision de la Constitution a
vraisemblablement modifié les équilibres. Il a fait entrer l'Algérie dans une
zone de turbulence.
Le Figaro