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7
Juillet 2006
Le Maroc endigue l'avancée de la culture du cannabis
Thierry Oberlé
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autorités marocaines ont engagé depuis un mois une opération pour éradiquer les
plantations de kif qui débordent du massif du Rif, le grenier à haschich de
l'Europe.
La vallée se cache dans les premiers
contreforts des montagnes du Rif, le grenier à haschich de l'Europe. Elle est
accessible par un méchant chemin de terre qui longe longtemps un oued avant de
déboucher sur une plaine cernée par des parois rocheuses. La petite troupe
d'ouvriers agricoles coiffés de chapeaux de paille s'active dans les champs.
Les jeunes gens fauchent à la machette les plants de cannabis. Les pousses
atteignent déjà les genoux. Juchés sur un tracteur, des gendarmes surveillent
ces travaux des champs un peu particuliers. Une odeur citronnée monte des
herbes coupées.
Pour
la deuxième année consécutive, les autorités marocaines sont engagées dans des
opérations d'envergure pour éradiquer la culture du kif dans la province de
Larache sur une ligne proche de l'ancienne frontière coloniale entre le
protectorat français et le territoire espagnol. L'objectif est d'endiguer
l'avance des cultures qui progressent vers le sud. «Si rien n'est fait, on aura
bientôt des plantations dans les jardins de Rabat», lâche un officiel.
Obtenir
l'adhésion des habitants
À
défaut d'être en mesure de rayer le cannabis de la carte agricole, le Maroc
tente d'enrayer sa progression. La méthode employée allie la persuasion à la
contrainte. Elle évite l'usage des défoliants et tente d'obtenir l'adhésion des
habitants. Les exploitants de parcelles hors la loi sont poursuivis par la
justice. Classés au fichier des personnes recherchées, les montagnards sont
contraints de mener une vie de marginaux. Aux autres, il est proposé des aides
à la reconversion. Les autorités font le tour des villages où siègent des
forums de concertation animés par des notables. Elles essayent de créer un
climat de confiance et surtout de convaincre.
La
tâche est rude. À El Koulla, sur la route de la ville
sainte de Chefchaouen, une population méfiante
assiste sur un promontoire à la cérémonie de remise de chèvres et de ruches
d'abeilles à des agriculteurs méritants. L'abandon du cannabis est pour elle un
crève-coeur car il est synonyme d'une baisse significative de leur niveau de
revenu. Un hectare de blé récolté rapporte 3 000 dirhams (300 euros) de
bénéfice par an. Le kif cent fois plus ! «On est passé de l'âne au véhicule 4 x
4 et maintenant on nous demande de revenir au mulet !», commente un habitant.
Ici,
le cannabis a pris racine il y a une quinzaine d'années avec les encouragements
des «narcos» en quête de sites de production. Même si personne n'est pour la
drogue, presque tout le monde s'en est accommodé. Les années précédentes,
chaque récolte drainait une main-d'oeuvre surtout estudiantine venue de tout le
pays pour gagner en quelques mois quatre fois le salaire minimum. Dépité par
l'éradication, le personnel des semi-grossistes s'était l'an dernier vengé en
déclenchant des feux. Furieux, les «narcos» ont crié à la «manipulation».
L'État
a puisé dans ses caisses pour proposer avec les moyens du bord des
compensations partielles. Il finance des coopératives dans des secteurs
alternatifs comme l'olive. L'idéal serait de planter des fraises, du safran, du
cumin ou mieux des asperges, un légume qui rapporte autant que le kif et ne
nécessite pas plus d'eau. Il faudrait aussi construire un barrage. Et
goudronner les pistes pour écouler les marchandises. Depuis quelques mois, une
route digne de ce nom relie Larache à Chefchaouen-la-Blanche.
Sa rénovation a repoussé le kif vers des zones plus reculées. Ses efforts sont
salués par l'ONU.
Dans
son dernier rapport, l'office des Nations unies contre la drogue et le crime
constate une baisse de 10% en 2004 de la culture illicite du cannabis au Maroc.
Fait inhabituel : l'organe va même jusqu'à «féliciter le gouvernement marocain
pour ses efforts» ; En 2004, la province de Larache produisait 10 000 tonnes de
cannabis brut, soit environ 10% de la production nationale.
Les
surfaces cultivées ont déjà été réduites de 82% en 2005 et une éradication
presque totale est prévue en 2007. Mais l'expérience n'est pas transposable à
l'ensemble du massif Rif, bastion inexpugnable du cannabis. Seul un véritable
plan Marchall pour le nord du Maroc permettrait d'engager
une guerre totale à une culture devenue un mode de survie mais aussi de vie.
(Le
Figaro)