29
avril 2006
Un ancien soldat syrien adresse une
lettre d’excuses au peuple libanais
Le site réformateur www.metransparent.com a récemment mis en ligne une
lettre adressée au peuple libanais par l’ex-soldat syrien Ahmad Mawloud Al-Tayar. Dans cette
lettre, Al-Tayar présente des excuses pour le pillage
commis par les soldats syriens et l'humiliation faite aux Libanais durant l’occupation
syrienne du Liban.
Voici des extraits de la lettre: [1]
Je n’osais pas songer à m'opposer à
entrer au Liban, pays que j'ai souillé en le foulant de mes bottes de miliaire
« …Je suis un pauvre citoyen syrien,
venu au monde pour découvrir que moi et toute ma génération avons été condamnés
[à vivre] sous un régime que nous n’avons pas choisi de notre plein gré et que
nous n’avons pas désigné pour nous régenter… De la même façon que nous ne
choisissons pas notre nom, notre taille ou la couleur de nos yeux et de notre
peau, nous arrivons au monde pour apprendre qu’un certain parti Baath est au
pouvoir, avec des dirigeants panarabes nationaux et régionaux. Nous apprenons
en outre l'existence d'un Conseil du peuple et d'organisations populaires… Voilà
l’atmosphère dans laquelle j’ai été élevé, et [la ligne de conduite de] l’école
dont je suis sorti.
On nous a enseigné à aimer notre
patrie et qu’Israël est notre ennemi. Nous avons appris par cœur des slogans
pompeux dont je n’ai compris le sens que lorsque je suis devenu adulte - comme «
la Syrie est l’emblème de la révolution arabe », « l’amour du chef vient en
aimant sa patrie » ou encore « les Frères musulmans collaborent avec les Etats-Unis
et Israël », et beaucoup d'autres expressions et concepts liés au progressisme
et au 'réactionnisme'…
Par la présente, je déclare ma lâcheté,
mes peurs et mon défaitisme, et je présente mes excuses au peuple libanais, car
le jour où nous sommes entrés au Liban, pays que j'ai souillé en le foulant de
mes bottes de miliaire, je n'ai rien osé dire. Je connaissais les conséquences
de la rébellion, et j’avais peur.
Par une magnifique journée d’avril 1988,
mes bottes de militaire ont sali « la Suisse de l’Est ». J’ai commencé mon
service militaire obligatoire. Les dates de la honte ont suivi, les unes après
les autres. J’ai participé à divers ‘incidents’, en ai vu d'autres de mes
propres yeux, ai porté de faux témoignages, depuis l’assassinat du président [libanais]
René Moawad [2] jusqu’à la défaite du Général Michel
Aoun qui s’était caché dans l’ambassade de France [3], sans parler des autres [incidents]
consternants qui se sont produits entre ces deux événements… »

J’ai vu [le peuple] libanais
publiquement humilié aux points de contrôle militaires syriens
« J’ai entendu de mes propres oreilles
et vu de mes propres yeux… les conférences sur le nationalisme et le
panarabisme données le matin par ‘nos officiers’. Chaque fois [qu’ils] quittaient
[le Liban], ces officiers s’entassaient dans des autobus qui regagnaient de
nuit Damas et Hims. Ces autobus étaient [de véritables]
bazars remplis [de butin], où l'on pouvait trouver tout ce qui se vendait à Damas
et à Hims. J’ai vu les véhicules militaires emporter
même des baignoires, des portes et des cadres de fenêtres de bois précieux, qui
avaient été arrachés des propriétés [libanaises], désertées ou abandonnées de
leurs propriétaires.
J’ai vu de mes propres yeux le peuple
libanais de la région Nord d'Al-Matan quémander l’autorisation
de récolter [les pommes de pin] de leurs pins, car c’était leur gagne-pain,
mais leurs supplications étaient vaines… Nos braves soldats prenaient leur
courage à deux mains et faisaient le travail [eux-mêmes]… Les savoureuses
pommes de pin étaient vendues sur le marché de Damas…
J’ai vu [le peuple] libanais
ouvertement humilié aux points de contrôle militaires syriens et sermonné pour
tout et rien par des Syriens analphabètes. J’ai vu beaucoup de choses, que j'ai
trop honte de raconter.
Quinze ans après avoir quitté le Liban comme soldat, j’y suis retourné en civil, l'esprit encore rempli des scènes [vues] dans des lieux que j’avais aimés et dont j’avais apprécié les habitants. A eux et à tous les Libanais, je présente [aujourd’hui] mes excuses. Je suis profondément convaincu qu’un peuple aussi civilisé que le peuple libanais saura pardonner et oublier. »
MEMRI :
Dépêches spéciales - No. 1119 Mars 22, 2006 No.1119
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[1] 8
mars 2006 - http://metransparent.com/texts/ahmad_tayar_syrian_soldier_sorry_to_lebanon.htm
[2] René
Moawad a été président du Liban pour seulement 17
jours, du 5 au 22 novembre 1989, date à laquelle il a été assassiné par une
voiture piégée qui a explosé à côté de son convoi. A ce jour, aucune enquête n’a
été diligentée sur ce meurtre.
[3] Michel
Aoun est un homme politique libanais anti-syrien ; il a été président du Liban
entre 1988 et 1990. Quand les Syriens ont bombardé la résidence présidentielle
en 1990, il a été obligé de se cacher dans l’ambassade de France au Liban. Dix
mois plus tard, il est parti en exil en France, et est retourné au Liban en 2005.