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06
octobre 2006
Eté 2006 au Liban
Zeina Julia Akel*
Mon été se préparait et je me sentais
si fière de voir ma famille (grands parents et cousins) cet été.
Comme tous les étés, je passe mes
vacances au Liban pour environ 1 mois ou 2.
Nous sommes le 9 juillet et nous
sommes à l’aéroport de Beauvais et je sentais que cet été allait mal commencer…
Arrivé à l’aéroport donc, nous
attendons 2 bonnes heures la « préparation de l’avion » ; les excuses les moins
croyable nous sont donnés : « le personnel n’a pas mangé, l’avion n’est pas
nettoyé etc… » la vérité n’étant
rien d’autre que la négociation du prix du kérosène au dernier moment…
Nous embarquons donc en retard ce qui
nous a aussi fait rater la coupe du monde de football que nous comptions voir à
l’arrivée à l’aéroport de Beyrouth avec la famille et les cousins.
Arrivée après quatre heures de trajet
insupportable, nous courons moi, mon petit frère Antoine, mes cousines Karen et
Cynthia puis leurs parents Mona et Dory vers l’arrivée des bagages pour les récupérer vite
afin de se presser car il y a déjà 1 but partout pour Italie France !
A la sortie de l’aéroport un sourire
se dessine sur mes lèvres que je n’arrive plus à décrocher à la vue de ma
famille que j’aime énormément et que, malheureusement, je n’ai l’occasion de
voir qu’une seule fois par an.
Comme la plupart des familles
libanaises, la mienne est composée de beaucoup de personnes toutes aussi chères
les unes que les autres à mon coeur.
Dans la voiture, je sens cette odeur
agréable de chaleur mélangée à l’odeur salée de la mer que l’on n’a pas en
France.
Puis une fois arrivée chez les parents
de ma mère, la mauvaise nouvelle tombe : la France a perdu la coupe du monde. La
plupart des libanais supportaient l’Italie, les rue étaient blindées de jeunes
sur des scooters ou de voitures klaxonnant si fière d’avoir supportés cette équipe
avec le drapeau qui ornait le balcon.
Les jours passent et personnes ne se
doute de rien.
Nous sommes à présent le 12 juillet et
là les gens se figent sur le poste de télévision avec une mine surprise mais
avec quand même une certaine confiance indéfinissable quoique l’armée israélienne
venait de bombarder l’aéroport de Beyrouth.
Le peuple libanais prenait ça comme
une démonstration de la puissance de l’armée de Tsahal
envers l’acte d’une milice libanaise armée qui avait capturé des soldats israéliens.
Je me suis tuée à répéter à ma famille
que ce n’était qu’un début et qu’ils verraient que j’avais raison. En me riant
au nez, ils me disaient comme ce que la plupart des gens pensaient que d’ici la
semaine prochaine, l’aéroport serait réparé et que je rentrerai sans problème.
Des journées entières passées sans sortir de chez nous,témoins impuissants de la violence de l’armée israélienne.
J’avais peur de ce qui se passait, le
blocus avait débuté je ne savais pas si j’allais rester vivante ou si une bombe
allait nous tomber dessus.
Très étrangement, ils n’étaient pas
nombreux les libanais qui avaient peur vu qu’il avait vécu 15 ans de guerre auparavant .
Mes parents essayaient désespérément
de nous appeler, Antoine et moi, pour avoir de nos nouvelles.
La peur était partout.
Les cousines puis la tante de ma mère
sont venues s’installer pour quelques jours chez nous, leur appartement étant
au 8 ième étage,situé à côté des bombardement les
plus intenses donc à Dahié.
Le bruit est insupportable. Le soir je
me posais sur le balcon, j’entendais des bruits d’avions, et là, on voyait des
lumières rouges qui descendaient du ciel et puis on entendait un bruit
assourdissant et de la fumée commençait à monter.
Il faut le voir et l’entendre pour le
croire, à chaque bombe qui tombe, on se disait que des morts tombaient là, à côté,
mais que nous ne pouvions rien faire face à une bombe et toujours avec cet
inquiétude qui nous rongeait et qui nous portait à rester accrochés au téléphone
pour savoir s’il y a des survivants de la famille.
Mon oncle, qui habite à Dubai, qui vient de se marier et qui a deux enfants de 2 et
4 ans , était venu séjourner avec sa famille.
Les enfants ne devaient pas être au
courant car de toutes manières ils n’auraient rien compris.
Dans le couloir je me rappelle bien ma
tante qui s’occupait avec beaucoup d’amour et que je voyais seule dans le
couloir en larme car elle ne savait pas s’ils allaient rentrer.
Ils n’ont pas la nationalité donc leur
ambassade ne pouvait rien faire. La seule solution était de partir sur la route
de la Syrie même si le risque était énorme.
Pendant ce temps là, les jours
passaient lentement.
Antoine, mes cousines, mon oncle, ma
tante et moi attendions le téléphone qui ne sonnait jamais.
Nous n’attendions qu’un seul appel de
l’ambassade française pour nous dire quand nous serions rapatriés.
Je pense que personne ne se rend
compte réellement de la chance que nous avions d’être français.
Cette nationalité était en faite notre
billet de sortie, de sécurité et de survie.
Malgré cette chance, la culpabilité ne
vous lâche plus ; vous abandonnez votre famille, vos amis dans ce piège à rats.
La question dominante de cette guerre était
à mon avis, pourquoi l’armée israélienne ce disant si puissante et si
intelligente bombardait le peuple libanais alors que les seuls responsables n’étaient
qu’un parti chiite qui n’est même pas au pouvoir.
Le peuple, les touristes et tous les
occupants étaient tous dans le même sac.
Nous sommes donc enfin arrivés au 22
juillet et mes nerfs lâchent. La pression, cette ignorance de l’avenir,cette insécurité étaient insoutenables.
Il est 22h30. Le téléphone sonne.
L’ambassade a appelé.
Nous allons être rapatriés par hélicoptère
jusqu’à Chypre ensuite, nous prendrons l’avion jusqu’à Paris.
Nous sommes le 23 juillet 2006 et il
est environ 10 h du matin.
Je me souviens bien de ces personnes
françaises qui étaient là pour nous rassurer.
Cela faisait un bon bout de temps que
je n’avais pas entendu un vrai français !
Plus je m’éloignais, plus le sentiment
d’abandon de mes proches me rongeait.
A mon débarquement à Paris, j’avais
envie de prendre tous les français dans mes bras pour leur dire juste un grand
merci pour ce soutien.
Les jours passe à Paris mais je me
sentais toujours autant concerné par cette injustice.
Le seul souvenir qui me revient
percutant, reste cette solidarité incroyable des libanais.
* 16 ans