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Tunisie : Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

lundi 26 décembre 2011



Ce pays est, aujourd’hui, à la croisée des chemins.

1 - Avec la mise en place, dans les jours qui viennent, d’un gouvernement qui sera consacré sans surprise et sans débat par l’Assemblée, comme cela a été le cas pour l’élection hier de son candidat à la présidence de la République, la Nahdha, avec ses deux satellites d’aujourd’hui, pourra « former le carré » à l’intérieur duquel elle va s’enfermer pour une durée indéterminée, munie de toutes les provisions nécessaires pour l’exercice du pouvoir total. Elle dispose, en effet, des « pleins pouvoirs », pratiquement sans partage ni contrôle ; elle a obtenu qu’elle ne soit point limitée par des délais encombrants ; elle a esquivé tous débats inutiles sur sa future politique générale et sur ses programmes d’action dans les mois — ou, les années — à venir ; et enfin, elle s’est assurée que le jour où elle voudra bien mettre fin à cette situation provisoire, il n’y aura pas trop de mauvaises surprises pour ce qui est de l’adoption de la future Constitution, l’on mette en œuvre les votes à la majorité des deux tiers ou la détestable procédure de la consultation populaire. La « clé de sûreté » de l’ensemble de l’opération est que la durée de la préparation de la Constitution sera allongée à loisir et de telle manière qu’elle permette à la Nahdha de mettre en œuvre son véritable et réel agenda : l’édification sur des bases solides et irréversibles du régime nahdhaoui — et peut-être, du « califat » — qu’elle considère comme étant le régime à la fois idéal pour la Tunisie, et peut-être aussi pour le reste du monde arabo-musulman : il y a comme un souffle « fatimide » dans ces visions nahdhaouies...

2 - Tous les observateurs éclairés de ce pays et aussi, une grande partie de la société civile sont parfaitement édifiés quant aux intentions réelles du « Mouvement ». Mais, contrairement à la Nahdha, qui, elle, avec des idées et des slogans simplistes mais martelés sans cesse (au moins cinq fois par jour) et avec une inlassable activité en profondeur sur le terrain, a pu se créer des allégeances solides et des fidélités illimitées, cette frange éclairée de la population ne s’est pas suffisamment préoccupée ou, peut-être, n’a pas fourni les efforts nécessaires et suffisants pour constituer un front politique suffisamment informé de la réalité des choses et suffisamment averti de l’importance des enjeux de la bataille politique, économique, sociale et culturelle que le pays doit affronter, ni encore moins, pour fonder une nouvelle idéologie et une vision rénovée de l’avenir de la nation.

Le résultat paradoxal et désespérant qui émerge de cette contradiction flagrante est que la Nahdha, qui n’a aucune vision crédible de l’avenir du pays, détient présentement le pouvoir réel et elle est même capable de le pérenniser à son profit, tandis que la frange éclairée du pays, qui est la seule capable d’apporter cette vision globale et même de concevoir l’alternative réparatrice de ses propres erreurs, se trouve marginalisée et même carrément exclue du pouvoir. En d’autres termes, le paradoxe peut se formuler ainsi : d’un côté, nous avons un premier groupe social qui détient le pouvoir réel mais qui est incapable de produire la vision régénératrice dont le pays a besoin ; de l’autre côté, nous avons un autre groupe social qui est capable de produire l’alternative globale susceptible de sauver le pays, mais qui est, aujourd’hui, en Tunisie mais aussi, dans les autres pays arabo-musulmans qui passent par les mêmes profondes turbulences, dans l’incapacité d’accéder au pouvoir.

C’est précisément, cette contradiction qui doit, en tout premier lieu, être résolue ; et c’est, en second lieu, à la classe éclairée de cette nation qu’il revient exclusivement de trouver les voies et moyens de résoudre ladite contradiction.

3 – Notre pays, comme les autres pays arabo-musulmans qui se trouvent dans la même situation, fait face à la nécessité vitale de concevoir et de mettre en œuvre un modèle de développement global qui suscite à l’intérieur de la nation, mais aussi à l’extérieur, la confiance nécessaire pour lui procurer des chances raisonnables de succès. Si le défi est incontournablement là, il faudra se rendre à l’évidence qu’à ce jour, aucune religion n’a apporté un tel programme ni aucun espoir de succès dans la recherche d’un tel modèle. Dans tous les pays en développement – pour nous limiter à ceux-là —, on n’a jamais vu la religion préconiser et encore moins construire avec succès un quelconque système de développement économique et social. C’est plutôt le contraire qui s’est produit : toutes les politiques économiques et sociales qui ont réussi dans les pays en développement, en Asie ou en Amérique latine, notamment, sont celles qui ont pris leurs distances avec les religions les mieux implantées dans ces pays. On ne connaît aucun système de développement bouddhique, brahmane, ou même d’inspiration chrétienne.

Foi et business ne font jamais bon ménage. L’Islam n’échappe pas à cette constatation : on ne connaît aucun « Prix Nobel » islamique de l’économie politique ; on ne connaît aucune expérience réussie de développement fondée sur les enseignements d’une prétendue doctrine « islamique ». Il ne vaut même pas la peine de faire mention de quelques institutions traditionnelles préconisées par certains hommes d’affaires, et dont le mérite principal est qu’elles brillent par leur anachronisme et par les confortables profits qu’elles génèrent pour leurs promoteurs. Ce n’est donc pas dans cette direction qu’il faut chercher la voie du salut.

4 – Le développement global exige une toute autre démarche que celle recommandée par les religions. Par définition, ces dernières sont tournées vers l’au-delà et, en dehors des quelques recommandations morales qu’elles contiennent mais qu’elles partagent en fait, avec toutes les philosophies universelles, elles n’apportent rien d’utile qui forme véritablement une politique de développement qui inspire confiance. Le développement global qui intéresse tous les hommes est celui qui apporte des réponses concrètes à leurs préoccupations mondaines et immédiates.

En un mot comme en cent, c’est la vie d’ici-bas qui intéresse « l’homme économique ». Pour répondre aux attentes que ce dernier exige, c’est cette seule idée de développement global qui puisse lui apporter les solutions qu’il attend et les espoirs qu’il nourrit. Or, ces solutions et ces espoirs sont inévitablement fondés sur la création, sur les inventions et sur les défis. Ils ne peuvent être créés que par cette frange de la société qui est tournée vers les problèmes du monde d’ici-bas, vers l’effort d’en découvrir les mystères et d’en tirer profit pour le bien commun des hommes. Cette mission ne peut donc être confiée qu’à cette élite vouée au développement, à la recherche du progrès et de la science. C’est cette élite qui doit avoir la capacité d’exercer le pouvoir, non pas à titre de récompense de ses capacités, mais au titre d’une responsabilité vis-à-vis de l’ensemble de la société : ce que nous ne pourrons pas demander aux hommes de religion pour la simple raison qu’ils n’ont pris aucun engagement à ce sujet et qu’ils en sont, du reste, bien incapables. Il revient donc à l’élite éclairée du pays de prendre ses responsabilités et de créer les conditions nécessaires pour rendre cela politiquement possible.

5 – La première tâche de cette élite est de définir un programme d’action crédible et capable de réaliser ses promesses en matière de développement global. Dans les circonstances actuelles, il faut que cette élite soit en mesure, par-delà les clivages politiques, idéologiques ou autres qui peuvent les séparer, de produire une « plateforme commune d’action » et des « programmes communs » qui les unissent et qu’ils doivent présenter et défendre devant l’opinion publique de ce pays et rallier la majorité de la population à leurs objectifs fondamentaux. Ce qui est essentiel ici, c’est de définir ce qui unit et d’écarter ce qui les divise, et qui est souvent futile. Tous les partisans de ces fondamentaux doivent admettre qu’il est essentiel, pour le succès de l’entreprise, de renoncer aux détails, aux excessives et inutiles subtilités pour se rallier à ce qui est utile au peuple et au bien général.

La conception et la formulation de ce consensus fondamental national peut se faire en un temps assez court et par des délibérations conciliatoires, « sans vainqueurs ni vaincus »...

6 – Ce programme commun, cette plateforme commune, cette politique globale, ne peuvent être conçus que par l’élimination des « ego » personnels ou claniques, l’effacement des individualités au profit de la collectivité et du désir commun de se rendre utile à la nation et à l’intérêt supérieur de la nation. La recommandation principale qui découlera de ce vœu que nous adressons à tous les membres de cette élite est d’accepter le sacrifice et le renoncement. Nous avons perdu une bataille à cause des divisions et des débats stériles, qui nous ont coûté une victoire possible aux dernières élections. Retenons donc la leçon de cette défaite. Engageons-nous dans la voie de l’union et de l’unité d’action. Agissons en « politiques » et non plus en simples « partisans ». Formons un front commun de la démocratie, qui sera créé à partir de la fusion au sein d’un ensemble national des nombreux mais inefficaces groupuscules politiques actuels. Et sur la base d’un « programme commun » et d’un « front commun pour la démocratie », engageons-nous à redonner l’espoir à notre peuple !...

Auteur :Sadok Belaid * (Ancien doyen de la faculté de Droit de Tunis)

La Presse de Tunisie


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